juste parce que je reviens de Calais... pas pu rencontrer les Irakiens malheureusement, mais plein d'histoires d'Afghans qui résonnent encore dans mes oreilles... une super journée dans la jungle!
A Calais, les migrants afghans construisent des baraques en dur, ignorant les déclarations du ministre de l’immigration venu annoncer en avril la fermeture de la « jungle », où ils sont plusieurs milliers à se cacher en espérant passer clandestinement en Angleterre.
« Nous sommes entre 500 et 600 Afghans à vivre dans la +jungle+. De l’autre côté de l’autoroute, il y a le campement des Irakiens, celui des Kurdes, des Somaliens et des Iraniens, nous ne nous mélangeons pas, c’est trop dangereux », assure Ranjit, qui surveille une casserole de thé au-dessus d’un feu de camp.
Les baraques recouvertes de bâches bleues ou blanches ornées de versets du Coran ou de poèmes en langue ourdoue s’alignent en bordure de la zone industrielle entre la forêt et les hangars.
Au milieu de ce village improvisé, un panneau en français signale la mosquée. La charpente du lieu de culte, comme des baraques, est composée de barres de fer, autour desquelles les migrants ont aménagés des massifs de fleurs.
« Nous prenons ces fleurs dans les jardins municipaux la nuit pour décorer notre lieu de culte », assure Mahmoud, qui dit avoir 17 ans.
Le campement de fortune s’étend de l’autoroute à la zone industrielle de Calais. La « jungle » des Afghans ne comptent que deux femmes. Comme dans les territoires des migrants irakiens, somaliens, iraniens ou kurdes, tous distincts, les femmes sont peu nombreuses.
Les deux Afghanes sont une mère et sa fille qui tentent de rejoindre le père, déjà à Londres et titulaire d’un titre de séjour, selon les hommes regroupés devant la mosquée.
« Nous tentons régulièrement la traversée vers l’Angleterre avec elles, nous les protégeons en les laissant au milieu des essieux des camions », précise Hekmatyar.
Le jeune homme a tenté plusieurs fois de passer en Angleterre, il exhibe son pied, barré de larges cicatrices. Comme lui, de nombreux migrants ont eu les côtes ou les membres cassés par les essieux des camions sous lesquels ils se cachent dans le port de Calais pour traverser clandestinement la Manche.
« Je me fais régulièrement arrêter par la police, parfois deux fois dans la même journée. Les policiers me connaissent maintenant, ils me relâchent toujours. Après cela, je rentre à pied au campement, à 2 km du poste », explique Gulmatin, venu de Jalalabad, qui assure avoir 20 ans.
lundi 25 mai 2009
lundi 13 avril 2009
Une semaine dans un… commissariat !
Une semaine exhaltante!!! et surtout... très très instructive...
Premier jour: un fada responsable des "statistiques" ("mais, nan, pas ethniques, rassurez vous(!)... en plus les journaliste nous pourrissent toujours avec STIC, Khéops et Edwige, qui sont de superbes outils, croyez-moi!") ce fada, donc, me montre des photos de casseurs dans les manifs (grâcieusement fournies par la presse locale qui travaille en bonne entente, apparemment, avec la police nationale!) et en tête de cortège, des étudiants plutôt basanés... et ce con de me dire ("ah bah oui, tiens! vous reconnaissez sûrement vos amis, là, nan?")... no comment
Le lendemain, je rentre dans le bureau du chef de la CDI (compagnie départementale d'intervention! en gros des CRS) et le mec a des drapeaux allemands partout, des carabines accrochées au mur et... des obus de la deuxième guerre mondiale sous son bureau... plus des "trophées de guerre": les pancartes et slogan arrachés aux manifestants... monsieur trouve sarko trop atlantiste, aurait voulu aller taper de l'alter à Strasbourg (mais sa direction a préféré le laisser dans son bureau... s'en fout, il demandera Caen en juin quand Obama sera là!!!) et il m'explique que dans son boulot "faut aimer l'adrénaline"... me vante le Taser et me demande de l'applaudir parce qu'il n'y a eu aucun mort à Strasbourg (au G20 y'en a eu un... mais c'est déjà pas mal...) ils sont sympa de pas tirer à bout portant avec leur "40 mm" en caoutchouc... et bientôt! innovation de taille, les balles en caoutchouc éclateront pour laisser de la peinture et du lacrymo "comme ça on aura juste à les cueillir"!!! sympa! maintenant je ferai gaffe en manif! et en plus, ils ont tous leurs appareils photo et caméra!!! donc, récapitulons, le Taser, c'est sympa, les balles ça fait pas mal (ok, "ça sonne un peu") et l'Allemagne devrait être notre exemple à tous, assure monsieur-petite-raie-sur-le-côté-avec-mèche-toute-fuhrerienne...
Le jour d’après… J'arrive pour apprendre qu'un mec est mort la nuit en... Garde à vue!!! voilà la belle police nationale! et ... gros black out! rien dans la presse régionale (of course!) et moi je dois batailler pour leur sortir les vers du nez! no comment!
Après ça, j'ai fait un tour chez les mineurs (glauquissimes, les viols et incestes...), à la cellule VIF (violences intra-familiales), des petites venues témoigner des violences de leur papa sur leur maman ("depuis quand dirais-tu que ça dure?" "bah! depuis toujours!")... j'ai fait un tour chez les "cambriolages" qui gèrent en fait 70% de toxicos, ma ville est une plaque tournante de l'héro! je suis choquée! énormément d'ivresses publiques... ça fait peur! et bien sûr, tous ces gars là, on les tutoie, on les bouscule un peu, mais on s'en fout, c'est des tox... et quand on les attrape avec les chiens, ils peuvent s'estimer heureux... les chiens sont muselés! ouaouhhhhhh! et bien sur, plein plein plein de clandestins, on a aussi la chance d'avoir l'un des plus grands centre de rétention administrative...
voilà... une semaine de police! ça s'oublie pas...
Premier jour: un fada responsable des "statistiques" ("mais, nan, pas ethniques, rassurez vous(!)... en plus les journaliste nous pourrissent toujours avec STIC, Khéops et Edwige, qui sont de superbes outils, croyez-moi!") ce fada, donc, me montre des photos de casseurs dans les manifs (grâcieusement fournies par la presse locale qui travaille en bonne entente, apparemment, avec la police nationale!) et en tête de cortège, des étudiants plutôt basanés... et ce con de me dire ("ah bah oui, tiens! vous reconnaissez sûrement vos amis, là, nan?")... no comment
Le lendemain, je rentre dans le bureau du chef de la CDI (compagnie départementale d'intervention! en gros des CRS) et le mec a des drapeaux allemands partout, des carabines accrochées au mur et... des obus de la deuxième guerre mondiale sous son bureau... plus des "trophées de guerre": les pancartes et slogan arrachés aux manifestants... monsieur trouve sarko trop atlantiste, aurait voulu aller taper de l'alter à Strasbourg (mais sa direction a préféré le laisser dans son bureau... s'en fout, il demandera Caen en juin quand Obama sera là!!!) et il m'explique que dans son boulot "faut aimer l'adrénaline"... me vante le Taser et me demande de l'applaudir parce qu'il n'y a eu aucun mort à Strasbourg (au G20 y'en a eu un... mais c'est déjà pas mal...) ils sont sympa de pas tirer à bout portant avec leur "40 mm" en caoutchouc... et bientôt! innovation de taille, les balles en caoutchouc éclateront pour laisser de la peinture et du lacrymo "comme ça on aura juste à les cueillir"!!! sympa! maintenant je ferai gaffe en manif! et en plus, ils ont tous leurs appareils photo et caméra!!! donc, récapitulons, le Taser, c'est sympa, les balles ça fait pas mal (ok, "ça sonne un peu") et l'Allemagne devrait être notre exemple à tous, assure monsieur-petite-raie-sur-le-côté-avec-mèche-toute-fuhrerienne...
Le jour d’après… J'arrive pour apprendre qu'un mec est mort la nuit en... Garde à vue!!! voilà la belle police nationale! et ... gros black out! rien dans la presse régionale (of course!) et moi je dois batailler pour leur sortir les vers du nez! no comment!
Après ça, j'ai fait un tour chez les mineurs (glauquissimes, les viols et incestes...), à la cellule VIF (violences intra-familiales), des petites venues témoigner des violences de leur papa sur leur maman ("depuis quand dirais-tu que ça dure?" "bah! depuis toujours!")... j'ai fait un tour chez les "cambriolages" qui gèrent en fait 70% de toxicos, ma ville est une plaque tournante de l'héro! je suis choquée! énormément d'ivresses publiques... ça fait peur! et bien sûr, tous ces gars là, on les tutoie, on les bouscule un peu, mais on s'en fout, c'est des tox... et quand on les attrape avec les chiens, ils peuvent s'estimer heureux... les chiens sont muselés! ouaouhhhhhh! et bien sur, plein plein plein de clandestins, on a aussi la chance d'avoir l'un des plus grands centre de rétention administrative...
voilà... une semaine de police! ça s'oublie pas...
mercredi 18 mars 2009
Prison Break
retour de prison... matinée étrange... je me fais ma petite masturbation intellectuelle, là, avec mes histoires de morts palestiniens, je prends l'avion, je pars pour voir la guerre en vrai... et ce matin, je prends le train de banlieue, j'arrive devant une prison de la région parisienne... pour tomber sur les pompiers avec tout leur attirail... alors, bien sûr, les surveillants font semblant de rien savoir... mais rien que leurs sourires tu voudrais les décrocher... tu peux pas rigoler, voilà... tu peux lire tous les articles que tu veux, bouquiner, manifester, conchier Rachida Dati... un jour, tu vois en vrai des types venus réanimer un détenu... et à ce moment, je vois le directeur de la prison débarquer... pour courir dans son bureau, discret!
et quand le détenu à qui je donne un cours arrive, il me dit, oui, c'est sûrement un mec qui a voulu se suicider... oui, parce que la prison, c'est pas cool, en fait... donc voilà, j'étais à l'intérieur et j'ai pas vu les pompiers partir... et au mieux demain je saurai par un entrefilet évasif qu'il est mort... ou bien je saurai jamais rien et le type aura des séquelles à vie ou bien juste un gros choc psychologique comme un boulet derrière lui...
putain, ça fait bizarre!
sinon, je recommande à tous Welcome... un magnifique film pas du tout larmoyant sur les clandestins... ceux que Besson appelle les envahisseurs...
et quand le détenu à qui je donne un cours arrive, il me dit, oui, c'est sûrement un mec qui a voulu se suicider... oui, parce que la prison, c'est pas cool, en fait... donc voilà, j'étais à l'intérieur et j'ai pas vu les pompiers partir... et au mieux demain je saurai par un entrefilet évasif qu'il est mort... ou bien je saurai jamais rien et le type aura des séquelles à vie ou bien juste un gros choc psychologique comme un boulet derrière lui...
putain, ça fait bizarre!
sinon, je recommande à tous Welcome... un magnifique film pas du tout larmoyant sur les clandestins... ceux que Besson appelle les envahisseurs...
mardi 17 mars 2009
La troisième Intifada sera musicale, ou ne sera pas...
Lancer des pierres ? Ils l’ont déjà fait une fois, comme tous les petits nés depuis la première Intifada. Mais aujourd’hui, du haut de leurs dix-sept ans, ils ont trouvé une meilleure arme. Plus percutante. « Une pierre, ça laisse une égratignure, ça fait du mal sans faire avancer les choses. Avec une chanson de rap, tu touches les esprits, tu fais réfléchir plus de monde. Ça, c’est utile », explique Anan Odeh, leader des « Tornado Lights ».
Avec son cousin Majed, il scande ses couplets, qu’il écrit en arabe. Depuis peu, il s’essaye à l’anglais. Pour toucher plus de monde. Avec la guerre à Gaza, il espère ratisser large : de Bethléem, où il a grandi, à Hébron, où il enregistre ses premiers titres, et bien au-delà, Inch’Allah. En studio, il est entouré d’une joyeuse bande, les conseils fusent, les blagues aussi. Les rires se mêlent aux slogans, aux réflexions sur la question palestinienne, sur le rap ou sur les subtilités du logiciel de montage audio. Puis vient la chanson phare, dédiée à Gaza. Tout le monde se concentre. Anan et Majed leur demandent à tous d’enregistrer une phrase de soutien aux Gazaouis dans les langues qu’ils connaissent. Pour Fawwaz, qui a vécu à Barcelone, se sera espagnol. Et catalan, il y tient : « les Palestiniens connaissent bien les Catalans, ils nous soutiennent parce qu’eux aussi savent ce que c’est de lutter pour l’indépendance », assure le jeune homme, rentré travailler pour le comité international de la Croix Rouge (CICR) à Hébron. Haneen, chrétienne qui a fréquenté le lycée des Sœurs, annone un timide « Friede in Gaza ». Je suis moi-même mise à contribution. Ce sera français et marocain. Wajdi Shahen, de Jénine, assure, lui, les refrains. Avant de prendre le micro, il angoisse un peu. Le trac. Il triture son bracelet en bois peint : des icônes de la Vierge. Comme tous ceux de la région de Jénine, Wajdi prononce « gu » le son guttural « q ». Anan insiste, surtout, qu’il garde son accent quand il chante, il faut s’adresser à tous Palestiniens, quelles que soient leurs régions d’origine. Pas de mots vulgaires non plus, toutes les générations doivent pouvoir écouter et entonner à leur tour les paroles.
Chez « Tornado Lights », pas de rap bling-bling, pas d’histoires de filles ou de drogue. Anan et Majed préfèrent le rap « watani » (national, en arabe). En vogue depuis quelques années du Maroc au Liban, il prend toute sa dimension en Palestine. Dans le premier CD des « Tornado Lights », qui en ont accéléré l’enregistrement pour le sortir en soutien aux Gazaouis, il est question, entre autres, de la guerre à Gaza, des check-points et du Mur. Le refrain est entêtant, à l’image des désagrément de la « barrière de sécurité » construite par Israël : « Parti vers le sud, j’ai trouvé le mur/ parti vers le nord, j’ai trouvé le mur/ parti à l’est, j’ai trouvé le mur/ parti à l’ouest, j’ai trouvé le mur ». Une situation qu’Anan vit tous les jours. Il a grandi à Dheisheh - un des quatre camps de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA, à Béthléem – entièrement encerclé par le mur et quadrillé par les miradors. Un camp vieux de soixante ans où toutes les habitations sont désormais en dur. Un camp avec ses routes, ses échoppes, ses écoles, ses bureaux politiques et ses martyrs, dont les portraits s’étalent à tous les coins de rue : déclinés en photo, affichettes, peintures réalistes, au travers de dédicaces ou tracts politiques, ornés des emblèmes du Fath, du Hamas ou du Front Populaire (FPLP). Certains « shahid » (martyr, en arabe) posent les armes à la main, pour d’autres les photos sont tirées d’album de famille. Ou de photo de classe, pour les plus jeunes.
Dans le studio aujourd’hui aussi la mort n’est pas loin. On avait presque oublié la guerre et ses horreurs. Et voilà que le responsable vient demander aux chanteurs en herbe de baisser d’un ton. Ce ne sont pas les mesures de rap ou le « flow » des « Tornado Lights » qui sont en cause. Juste le volume sonore des rires, de la musique. Dans le bureau attenant, le directeur. Il a perdu son neveu deux jours avant. A quinze ans, il a eu le malheur de sortir de la mosquée après « joumouaa », la prière collective du vendredi midi, moment auquel se retrouvent habituellement les manifestants contre la guerre à Gaza. Lui ne participait pas à la marche, mais il était là. L’armée israélienne aussi. Et les colons. Ceux d’Hébron sont loin de vivre en bon voisinage avec les Palestiniens. Le coup est parti, Mousaâb Badawan est mort, raflé par une balle. Ironie du sort, ce soir, les musiques se mêlent. Rap « watani » et chants politiques pro-Hamas comme pro-Fatah se mélangent dans la grande rue d’Hébron. A deux maisons du studio, celui que tout le monde appelle « shahid », trop jeune encore pour être dans un parti, rassemble post-mortem sous le toit familial les proches, les amis et les officiels des deux partis, venus des quatre coins de la Cisjordanie présenter leurs condoléances. Le groupe, sorti du studio pour prendre l’air, est d’abord intrigué. Dans la rue, on se lance des bonbons, des échos de musique traditionnelle résonnent. On pourrait croire à un mariage. Si ce n’étaient les tracts distribués par des hommes aux visages contrits. Sur ceux du Fatah, le leader historique des Palestiniens, Yasser Arafat, tourne son regard vers le portrait du jeune mort. Ceux du Hamas ont préféré apposer sous le portrait du martyr le sceau du parti de la résistance, deux sabres croisés devant le dôme doré de la mosquée Al Aqsa, un des lieux saints de l’Islam à Jérusalem.
A la fin de la journée, le studio se vide. Ceux qui habitent Hébron se rendent aux obsèques, vont saluer les parents du défunt. Les autres se dirigent vers l’arrêt des « services », ces minibus qui desservent les différentes villes de Cisjordanie. Notre chauffeur démarre et insère un disque dans l’autoradio. « Hamsaoui, ya Hamsaoui », les premières paroles à peine entamées, nous savons de quel bord est le conducteur. Sympathisant du Hamas. Anan entame la conversation, sur un ton badin. « Si j’étais chrétien, pourrais-je me marier avec ta fille ? », lance-t-il au chauffeur. Embarrassé, celui-ci répond que « ça ne se fait pas chez eux… ». Puis la conversation s’arrête. Il fait nuit et les check-points se multiplient. Il faut vérifier qu’on a bien ses papiers d’identité, les sortir, les présenter. Le chauffeur s’étonne des différentes nationalités qu’ils transportent dans son véhicule. Nous parlons des Maghrébins, de solidarité arabe. Et de mariage. Y aurait-il une Marocaine qui voudrait l’épouser ? Nous l’interrogeons : « vous nous aviez dit que vous aviez des enfants et une femme déjà ? ». « Elle n’est pas contre l’idée d’avoir une coépouse… »,assure-t-il. En Cisjordanie, on fait des projets. La vie continue.
Avec son cousin Majed, il scande ses couplets, qu’il écrit en arabe. Depuis peu, il s’essaye à l’anglais. Pour toucher plus de monde. Avec la guerre à Gaza, il espère ratisser large : de Bethléem, où il a grandi, à Hébron, où il enregistre ses premiers titres, et bien au-delà, Inch’Allah. En studio, il est entouré d’une joyeuse bande, les conseils fusent, les blagues aussi. Les rires se mêlent aux slogans, aux réflexions sur la question palestinienne, sur le rap ou sur les subtilités du logiciel de montage audio. Puis vient la chanson phare, dédiée à Gaza. Tout le monde se concentre. Anan et Majed leur demandent à tous d’enregistrer une phrase de soutien aux Gazaouis dans les langues qu’ils connaissent. Pour Fawwaz, qui a vécu à Barcelone, se sera espagnol. Et catalan, il y tient : « les Palestiniens connaissent bien les Catalans, ils nous soutiennent parce qu’eux aussi savent ce que c’est de lutter pour l’indépendance », assure le jeune homme, rentré travailler pour le comité international de la Croix Rouge (CICR) à Hébron. Haneen, chrétienne qui a fréquenté le lycée des Sœurs, annone un timide « Friede in Gaza ». Je suis moi-même mise à contribution. Ce sera français et marocain. Wajdi Shahen, de Jénine, assure, lui, les refrains. Avant de prendre le micro, il angoisse un peu. Le trac. Il triture son bracelet en bois peint : des icônes de la Vierge. Comme tous ceux de la région de Jénine, Wajdi prononce « gu » le son guttural « q ». Anan insiste, surtout, qu’il garde son accent quand il chante, il faut s’adresser à tous Palestiniens, quelles que soient leurs régions d’origine. Pas de mots vulgaires non plus, toutes les générations doivent pouvoir écouter et entonner à leur tour les paroles.
Chez « Tornado Lights », pas de rap bling-bling, pas d’histoires de filles ou de drogue. Anan et Majed préfèrent le rap « watani » (national, en arabe). En vogue depuis quelques années du Maroc au Liban, il prend toute sa dimension en Palestine. Dans le premier CD des « Tornado Lights », qui en ont accéléré l’enregistrement pour le sortir en soutien aux Gazaouis, il est question, entre autres, de la guerre à Gaza, des check-points et du Mur. Le refrain est entêtant, à l’image des désagrément de la « barrière de sécurité » construite par Israël : « Parti vers le sud, j’ai trouvé le mur/ parti vers le nord, j’ai trouvé le mur/ parti à l’est, j’ai trouvé le mur/ parti à l’ouest, j’ai trouvé le mur ». Une situation qu’Anan vit tous les jours. Il a grandi à Dheisheh - un des quatre camps de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA, à Béthléem – entièrement encerclé par le mur et quadrillé par les miradors. Un camp vieux de soixante ans où toutes les habitations sont désormais en dur. Un camp avec ses routes, ses échoppes, ses écoles, ses bureaux politiques et ses martyrs, dont les portraits s’étalent à tous les coins de rue : déclinés en photo, affichettes, peintures réalistes, au travers de dédicaces ou tracts politiques, ornés des emblèmes du Fath, du Hamas ou du Front Populaire (FPLP). Certains « shahid » (martyr, en arabe) posent les armes à la main, pour d’autres les photos sont tirées d’album de famille. Ou de photo de classe, pour les plus jeunes.
Dans le studio aujourd’hui aussi la mort n’est pas loin. On avait presque oublié la guerre et ses horreurs. Et voilà que le responsable vient demander aux chanteurs en herbe de baisser d’un ton. Ce ne sont pas les mesures de rap ou le « flow » des « Tornado Lights » qui sont en cause. Juste le volume sonore des rires, de la musique. Dans le bureau attenant, le directeur. Il a perdu son neveu deux jours avant. A quinze ans, il a eu le malheur de sortir de la mosquée après « joumouaa », la prière collective du vendredi midi, moment auquel se retrouvent habituellement les manifestants contre la guerre à Gaza. Lui ne participait pas à la marche, mais il était là. L’armée israélienne aussi. Et les colons. Ceux d’Hébron sont loin de vivre en bon voisinage avec les Palestiniens. Le coup est parti, Mousaâb Badawan est mort, raflé par une balle. Ironie du sort, ce soir, les musiques se mêlent. Rap « watani » et chants politiques pro-Hamas comme pro-Fatah se mélangent dans la grande rue d’Hébron. A deux maisons du studio, celui que tout le monde appelle « shahid », trop jeune encore pour être dans un parti, rassemble post-mortem sous le toit familial les proches, les amis et les officiels des deux partis, venus des quatre coins de la Cisjordanie présenter leurs condoléances. Le groupe, sorti du studio pour prendre l’air, est d’abord intrigué. Dans la rue, on se lance des bonbons, des échos de musique traditionnelle résonnent. On pourrait croire à un mariage. Si ce n’étaient les tracts distribués par des hommes aux visages contrits. Sur ceux du Fatah, le leader historique des Palestiniens, Yasser Arafat, tourne son regard vers le portrait du jeune mort. Ceux du Hamas ont préféré apposer sous le portrait du martyr le sceau du parti de la résistance, deux sabres croisés devant le dôme doré de la mosquée Al Aqsa, un des lieux saints de l’Islam à Jérusalem.
A la fin de la journée, le studio se vide. Ceux qui habitent Hébron se rendent aux obsèques, vont saluer les parents du défunt. Les autres se dirigent vers l’arrêt des « services », ces minibus qui desservent les différentes villes de Cisjordanie. Notre chauffeur démarre et insère un disque dans l’autoradio. « Hamsaoui, ya Hamsaoui », les premières paroles à peine entamées, nous savons de quel bord est le conducteur. Sympathisant du Hamas. Anan entame la conversation, sur un ton badin. « Si j’étais chrétien, pourrais-je me marier avec ta fille ? », lance-t-il au chauffeur. Embarrassé, celui-ci répond que « ça ne se fait pas chez eux… ». Puis la conversation s’arrête. Il fait nuit et les check-points se multiplient. Il faut vérifier qu’on a bien ses papiers d’identité, les sortir, les présenter. Le chauffeur s’étonne des différentes nationalités qu’ils transportent dans son véhicule. Nous parlons des Maghrébins, de solidarité arabe. Et de mariage. Y aurait-il une Marocaine qui voudrait l’épouser ? Nous l’interrogeons : « vous nous aviez dit que vous aviez des enfants et une femme déjà ? ». « Elle n’est pas contre l’idée d’avoir une coépouse… »,assure-t-il. En Cisjordanie, on fait des projets. La vie continue.
mardi 27 janvier 2009
Nouvelles d'ici et d'ailleurs...
Je suis désolée...
je sais, shame on me, des mois (eh oui!) que je n'écris plus beaucoup... et pourtant, ce n'est pas faute de voir encore toutes ces choses qui me révoltent, me font rire, pleurer ou tout simplement m'étonnent encore...
Je ne vous ai pas donné de nouvelles depuis un petit moment... et en fait, ça a été plutôt mouvementé depuis quelques temps...
C'est comme ça, qu'après avoir écumé toutes les manifs à paris, participé à des débats, vécu sous perfusion des média pendant un moment... j'ai décidé de m'envoler avec une copine et une caméra vers... Amman!
Non... pas que pour le kiff du mansaf de mat3am al 9uds ni même pour le 7alloum cheese ou la gentillesse du bédouin à l'insolation hallucinogène... pas non plus pour retrouver ce pays qui étrangement me manque tant, ces gens qui étaient mon quotidien et dont j'ai presque oublié les noms, même si leurs paroles et les histoires qu'on a vécu ensemble résonnent encore chaque jour dans ma tête et dans ma vie...
non, non, c'est pour passer en Palestine que j'ai repris la route de la Jordanie!
Devant la fadeur des reportages et la connerie - disons le! - des média français sur Gaza, nous avons décidées de voir par nous-mêmes... nNus nous sommes pas mal déplacées, de Betlehem à Ramallah, en passant par Jérusalem et Hébron, au gré des manifestations et des événements. Nous devions aller à Hébron le matin même où les colons ont tué un jeune à la sortie de la mosquée, nous nous sommes donc rabattues sur les manifestations à Ramallah et al 3in. Finalement nous sommes allées plus tard à Hébron, et nous avons même ramené un petit reportage un peu décalé sur un groupe de jeunes rappeurs qui sortent un album pour Gaza... à Betlehem, nous avons fait un tour dans les camps, ou nous sommes tombées sur une militante de la jabha cha3biya dont le mari a été prisonnier... je n'oublierai pas non plus ce vieux de 3a2ida qui nous racontait les anglais, déjà...
à Hébron, bien sur, encore ces images de colons qui nous insultent, les chants "hamsaoui, hamsaoui..." de la veillée mortuaire du jeune martyr... le soldat sur le toit de cette famille, dont il a déjà tué trois enfants!!!
et les manifs à ramallah, avec tous ces gens habillés en déportés, des bougies à la main...
Un voyage très intéressant que, j'espère, nous pourrons diffuser...
à bientôt, j'espère... à très vite!!!!!!! promis, je vous livre très vite les détails
vendredi 28 novembre 2008
Le spleen de Paris...
Je n’arrive pas à écrire, je ne sais déjà plus quoi dire… tristesse des mots, fadeur du discours, vacuité totale de l’esprit… fatiguée, lassée, désorientée… le spleen de Paris ? je ne sais pas, ou plus…
Il m’arrive toujours autant de choses, je me prends toujours autant de trucs dans la gueule, comme ça, violemment. Je réagis toujours autant, je ris fort, je pleure un peu, je suis violemment dégoûtée, je m’insurge beaucoup, j’agis un peu, mais je n’arrive plus à le formuler…
Je passe mes journées à argumenter, à m’opposer, à essayer de me distinguer, à essayer de faire entendre ma voix, à refuser le formatage, les idées qu’on m’impose, à tenter de me forger des opinions… Je pérore pas mal, je m’enflamme, défend des théories que nous ne sommes plus beaucoup à défendre, je prends faits et causes pour ceci ou cela et puis là… je suis vidée, fatiguée, éreintée…
Peut-être ce film hier soir à l’IMA sur Driss Chraïbi, qui remue toujours tellement de choses en moi...
peut-être la lecture fiévreuse de Moha le fou Moha le sage (merci Mohammed ! merci !!!) qui depuis hier me hante…
peut être ce type qui s’est écroulé sous nos yeux dans le métro et que tout le monde préférait enjamber au lieu de l’aider à se relever…
peut-être l’homme pressé du même wagon qui proposait de « le foutre dehors à coups de pied dans le cul »… ou celui qui est subrepticement passé devant cet aveugle qui laisser filer sa troisième rame de métro…
peut-être Saïd, 30 ans, chef d’entreprise, qui me raconte l’accueil des banquiers pour monter sa boîte, avec pour seule question à la bouche : « comment avez-vous réussi à vous procurer tous ces faux documents ? »…
peut-être l’impression de se sentir un peu seule, au retour de cette manif’ où nous étions deux cents à manifester contre la réouverture du centre de rétention administrative, entourés par autant de flics…
Le spleen de Paris, sûrement…
vendredi 7 novembre 2008
Choses vues, lues, entendues et vécues...
A écouter en même temps... (p'tits chanceux, j'vous mets la vidéo... juste le temps que j'aprenne à faire des liens sons...)
- Une Equatorienne dénoncée par la mairie de Tibery… alors qu’elle avait inscrit son fils à l’école… (tu sais l’école de la République… pour être un bon citoyen de la France d’Hortefeux…)
- Un jeune qui prend 18 mois ferme pour avoir taggé « Allah al Watan al Barsa » sur les murs de son école…
- Ce chef d’entreprise banlieusard qui me raconte les rires condescendants et les portes claquées par les banquiers à qui il demandait des fonds pour son business…
- Un sommet sur « l’intégration » à Vichy… et apparemment, je suis pas la seule que ça énerve…
- Le temps aussi s’y est mis : trouvé dans le Journal du Dimanche : le "mur" de Melilla emporté par l'orage sur une trentaine de mètres…
- Le premier Président noir des Etats-Unis fêté à Paris par une foule désespérément blanche… une soirée mémorable où tout le monde s’est bien marré… surtout quand je demandais aux gens si ils pensaient qu’on verrait un jour un Arabe ou un Noir à l’Elysée…
- Berlusconi qui se félicite de l’élection du playboy Obama, « jeune, beau et bronzé » !
- Rachid Ninni débouté… y’aurait-il une Justice chez nous ? et dire, qu’on en doutait…
- Cet avocat qui m’explique que Rachida Dati a un côté « vraiment con » et parle mieux de Chanel ou de Dior que de justice… avant de me fixer parmi la foule, ajoutant « au fait… si jamais il y avait ici la cousine de Rachida Dati…. Il faut pas répéter, hein ? »… personne lui a dit que les Arabes étaient pas tous des frères ?
- Hier matin, 8 heures, ma station de métro défigurée par des affichettes de l’UNI (« Etudiant de droite, rejoins nous ! »), sous un drapeau bleu-blanc-rouge qui flotte, avec la phrase « Français et fier de l’être !)…
- … et le soir, ma station comme avant, juste avec des petits bouts d’affiches qui pendouillent lamentablement…
- Une Equatorienne dénoncée par la mairie de Tibery… alors qu’elle avait inscrit son fils à l’école… (tu sais l’école de la République… pour être un bon citoyen de la France d’Hortefeux…)
- Un jeune qui prend 18 mois ferme pour avoir taggé « Allah al Watan al Barsa » sur les murs de son école…
- Ce chef d’entreprise banlieusard qui me raconte les rires condescendants et les portes claquées par les banquiers à qui il demandait des fonds pour son business…
- Un sommet sur « l’intégration » à Vichy… et apparemment, je suis pas la seule que ça énerve…
- Le temps aussi s’y est mis : trouvé dans le Journal du Dimanche : le "mur" de Melilla emporté par l'orage sur une trentaine de mètres…
- Le premier Président noir des Etats-Unis fêté à Paris par une foule désespérément blanche… une soirée mémorable où tout le monde s’est bien marré… surtout quand je demandais aux gens si ils pensaient qu’on verrait un jour un Arabe ou un Noir à l’Elysée…
- Berlusconi qui se félicite de l’élection du playboy Obama, « jeune, beau et bronzé » !
- Rachid Ninni débouté… y’aurait-il une Justice chez nous ? et dire, qu’on en doutait…
- Cet avocat qui m’explique que Rachida Dati a un côté « vraiment con » et parle mieux de Chanel ou de Dior que de justice… avant de me fixer parmi la foule, ajoutant « au fait… si jamais il y avait ici la cousine de Rachida Dati…. Il faut pas répéter, hein ? »… personne lui a dit que les Arabes étaient pas tous des frères ?
- Hier matin, 8 heures, ma station de métro défigurée par des affichettes de l’UNI (« Etudiant de droite, rejoins nous ! »), sous un drapeau bleu-blanc-rouge qui flotte, avec la phrase « Français et fier de l’être !)…
- … et le soir, ma station comme avant, juste avec des petits bouts d’affiches qui pendouillent lamentablement…
lundi 20 octobre 2008
Anta fi firanssa la tastaghreb !
Back to roots… me voilà de retour d’un reportage bien rigolo… des princes saoudiens, des petits Européens qui forent chez eux, des spéculateurs qui prient pour que le cours du brut remonte, des petits Français qui ont bien compris où se trouvent le clash, des petites nénettes qui l’ont tout aussi bien saisi et jouent de leurs atouts auprès des vieux capitalistes en mal d’amour…
Contente d’avoir entendu un prince remettre à leur place les petits démocrates de nos grands pays capitalistes qui voient leur entrée dans les capitaux comme une action « hostile »… le p’tit prince a dit… « ah bon, il va gaspiller tout l’argent qu’j’lui avait prêté… demain j’reviens avec des mecs du 9.5, des mecs du 94 et des mecs du 9.3 »… 9.3 ! tiens, parlons-en… j’ai quitté la France trois jours, je rentre pour apprendre qu’on y découvre les violences policières après une vidéo à Montfermeil… Saba7 al kheir… mieux vaut tard que jamais… no comment…
90ème suicide en prison depuis le début de l’année, mais on préfère faire les unes sur les sifflets pour France-Tunisie… et puis, tiens, tant qu’à faire on va interdire les matchs avec les pays du Maghreb… à quand l’entrée des stades au faciès… on pourrait aussi nous noter : 10/10 parfaitement intégré… jusqu’à 0/10 bon à expulser…
Pas vraiment optimiste, la Sarah Ben, ce soir ! peut-être parce qu’en ce beau mois d’octobre, le 17 est encore passé à la trappe ! aucune commémoration, toujours aucune excuse… parce que Mehdi Ben Barka a disparu cette semaine et que personne n’en parle…
Back to roots, je vous dit…
Contente d’avoir entendu un prince remettre à leur place les petits démocrates de nos grands pays capitalistes qui voient leur entrée dans les capitaux comme une action « hostile »… le p’tit prince a dit… « ah bon, il va gaspiller tout l’argent qu’j’lui avait prêté… demain j’reviens avec des mecs du 9.5, des mecs du 94 et des mecs du 9.3 »… 9.3 ! tiens, parlons-en… j’ai quitté la France trois jours, je rentre pour apprendre qu’on y découvre les violences policières après une vidéo à Montfermeil… Saba7 al kheir… mieux vaut tard que jamais… no comment…
90ème suicide en prison depuis le début de l’année, mais on préfère faire les unes sur les sifflets pour France-Tunisie… et puis, tiens, tant qu’à faire on va interdire les matchs avec les pays du Maghreb… à quand l’entrée des stades au faciès… on pourrait aussi nous noter : 10/10 parfaitement intégré… jusqu’à 0/10 bon à expulser…
Pas vraiment optimiste, la Sarah Ben, ce soir ! peut-être parce qu’en ce beau mois d’octobre, le 17 est encore passé à la trappe ! aucune commémoration, toujours aucune excuse… parce que Mehdi Ben Barka a disparu cette semaine et que personne n’en parle…
Back to roots, je vous dit…
lundi 6 octobre 2008
Back...
Voilà… me revoilà en France… difficile retour, pas mal de choses, de gens, d’histoires laissées là-bas, un peu partout… encore plein de choses à voir, d’aventures à vivre ici et là… des amitiés, des amoures, des liens à entretenir… le retour est difficile, des bouts de moi, de ma vie, me manquent… d’autres se créent ici… l’ordre me dérange, le silence me tue, le Français me fatigue, une seule langue, des sujets de discussion tellement uniformes, la pensée unique me rend malade, le conformisme et le consensus me fatiguent… nous sommes bien peu militants, bien peu concernés, bien peu réveillés, je trouve…
Je rentre et on tire sur les Arabes, les insultes refleurissent, je suis une « conne » et chaque cinéma, chaque kiosque, me le rappelle, une « intégriste », une « soumise », une « terroriste »… la lutte recommence, je dois de nouveau me justifier, montrer patte blanche, je dois m’expliquer, prouver que je ne suis pas « comme eux », que je ne soutient pas ceci ou cela, que je ne cautionne pas, que je ne suis pas embrigadée…
Je suis déjà fatiguée, je croyais avoir dépassé ça… et puis, je reviens et rien n’a changé… je suis encore une « beurette », l’Arabe de service… je devrais pouvoir raconter la ZEP, la banlieue, l’Islam…
Je ne suis pas ça, je ne suis pas QUE ça, je ne veux pas être ça, je veux parler d’autres choses, pouvoir parler de tout, sans qu’on analyse mes positions, mes paroles, mes idées à l’aune de ce que je devrais être, de ce qu’on croit que je suis, de ce que je devrais représenter, de ce qu’on attend de moi…
Je veux pouvoir être d’un bord politique, d’une confession, d’un avis qui est le mien, avant d’être celui de ma communauté supposée… communauté que, par ailleurs et cela m’est aussi étrange qu’aux autres, j’ai bonheur à côtoyer… communauté dans laquelle je me reconnais en partie, comme je me reconnais dans des groupes politiques, une génération, une ville, un pays… j’aimerai juste qu’on me laisse de réclamer de plusieurs identités, de plusieurs courants, de plusieurs personnes… sans présupposés !
Je rentre et je dois retrouver des réflexes qui me pesaient et dont je voulais me délester… je rentre et je dois encore m’expliquer…
Je rentre et on tire sur les Arabes…
Je rentre et on tire sur les Arabes, les insultes refleurissent, je suis une « conne » et chaque cinéma, chaque kiosque, me le rappelle, une « intégriste », une « soumise », une « terroriste »… la lutte recommence, je dois de nouveau me justifier, montrer patte blanche, je dois m’expliquer, prouver que je ne suis pas « comme eux », que je ne soutient pas ceci ou cela, que je ne cautionne pas, que je ne suis pas embrigadée…
Je suis déjà fatiguée, je croyais avoir dépassé ça… et puis, je reviens et rien n’a changé… je suis encore une « beurette », l’Arabe de service… je devrais pouvoir raconter la ZEP, la banlieue, l’Islam…
Je ne suis pas ça, je ne suis pas QUE ça, je ne veux pas être ça, je veux parler d’autres choses, pouvoir parler de tout, sans qu’on analyse mes positions, mes paroles, mes idées à l’aune de ce que je devrais être, de ce qu’on croit que je suis, de ce que je devrais représenter, de ce qu’on attend de moi…
Je veux pouvoir être d’un bord politique, d’une confession, d’un avis qui est le mien, avant d’être celui de ma communauté supposée… communauté que, par ailleurs et cela m’est aussi étrange qu’aux autres, j’ai bonheur à côtoyer… communauté dans laquelle je me reconnais en partie, comme je me reconnais dans des groupes politiques, une génération, une ville, un pays… j’aimerai juste qu’on me laisse de réclamer de plusieurs identités, de plusieurs courants, de plusieurs personnes… sans présupposés !
Je rentre et je dois retrouver des réflexes qui me pesaient et dont je voulais me délester… je rentre et je dois encore m’expliquer…
Je rentre et on tire sur les Arabes…
mercredi 16 juillet 2008
Bled 3ajib...
Sauté dans un taxi direction Damas… pour moins de 10 euros !
J'avais peur que les Syriens me créent des problèmes avec mon passeport français et ma carte nationale marocaine, mais ils ont rien dit zaama al oua7dé al 3arabiyé ;o) donc en bonne logique (syrienne) ils m’ont fait le visa des… Irakiens… blad 3ajib, nan ? et au retour, l’amie qui m’accompagnait a voulu revenir en Jordanie avec son passeport marocain, donc il ont voulu lui faire un interrogatoire, puisque, c’est connu, les Marocaines viennent chez eux pour se prostituer… on nous l’a faite à l’américaine, genre « tchch tchchchch 3andana mouatena maghribiya... » le poste frontière en ébullition, prêt à appréhender cette Marocaine qui passe de Syrie en Jordanie… mouhim, entre deux, on a vu Damas, la vieille ville est superbe! …
J’vous la fais un peu comme dans les films dernière générations, c'est pas vraiment dans l'ordre... désolée ;o)
A Damas, donc, on s'est baladées dans les quartiers chiites, les seules sans voile (ou mazal on avait des manches!!!) elles sont toutes ninja! Mais pas le ninja marocain, nan, nan, elles, elles tiennent leur foulard avec la bouche, voire elles le coincent sous leur nez, pour que ça tienne, j'adoooooooooooooooooore les syriennes ;o)
La mosquée des Omeyyades (sur la photo) est magnifique et son adhan l'est encore plus, ils le font à cinq ! Du côté des mosquées chiites, Sayda Rqiya est à voir, dédié à l'arrière petite fille du prophète… Autour du mausolée, des femmes tournent en rond et hurlent, pleurent… comme à un enterrement ici, à coup de « Allaaaaaaaaaaaaaaah », « ya laaaaaaaaaaaahoui »… bled 3ajib, nan ?
Le plus sympa à Damas ? au milieu du sou9, qui s’étale sur plusieurs grandes rues couvertes, qui m’ont rappelé un peu la médina de Rabat, des lignées de boutiques de chaque côté, plus belles les unes que les autres, ici des épices, là des tissus, un vendeur de grenouille séchées et autres peaux de serpents, « ki khalli arrijal kal 7ssan ! », une famille à ma gauche, deux femmes voilées sur ma droite et mon regard captivé par les échoppes… et là, juste après le glacier le plus couru de Damas, une porte ouverte qui donne sur… un hammam (pour hommes of course) avec la porte OUVERTE!!! Savamment agencés, les sdadar sur lesquels ces éphèbes se prélassent sont bien sûr disposés dans l’axe exact de la porte… et la serviette microscopique est de mise…
(by the way, bled 3ajib, je voulais vous écrire mais il n’y a pas des masses de cybers et la plupart des sites sont censurés donc…)
mercredi 9 juillet 2008
Un soir à Amman...
Amman, ouasst al balad, 3 m², des murs tapissés de DVDs, une télévision immanquablement allumée mais que personne ne regarde, des cartons de films qui s’entassent et au milieu le petit vendeur qui s’agite, prévenant… très prévenant, enfin, surtout avec l’ami qui m’accompagne, à coup de habibi et autres 3azizi en lui pressant la main, le bras, l’épaule…
Au rayon des films indiens, deux hommes qui demandent les dernières sorties. Ils veulent Shah Rukh Khan et Kajol, Preity Zinta et Ashwarya Rai, ils connaissent bien et semblent apprécier le style Bollywood… et dire qu’on m’appelle la midinette quand je pleure devant le millième mariage de Shah Rukh Khan qui va rater à cause de la belle-mère, des terroristes, d’un tremblement de terre ou que sais-je ! Les deux djellabas blanches s’écartent et deux nouveaux entrants font leur apparition, réduisant un peu plus encore l’espace dans la petite échoppe… Ils descendent d’une voiture immatriculée en Jordanie mais ils ont cette façon bien particulière de prononcer le « h »… Eux, se tournent tout de suite vers les derniers films américains, au cinéma chez eux et déjà en DVD à un dinar ici…
Plusieurs sacs de films de Bollywood plus tard, les deux jellabas se mettent en branle, les keffieh virevoltent et un puissant « salamo 3alaikoum » retentit. Nos fans de mélodrames indiens reprennent la route : venus de Jeddah pour faire leurs courses et respirer quelques instants dans la folle Amman – pourtant bien prude aux yeux de plus d’un…
Le long de l’autre mur, on passe en revue - en anglais – les derniers scénarii d’Hollywood, on convertit en shekels pour mieux marchander et on finit par se séparer après maints « salam khalikoum » et autres « akhlan »… Moi, je regarde mes voisins d’outre-jourdain remonter dans leur voiture sans bien comprendre, tandis que mon ami m’explique que, « dans un souci de protection », des plaques locales leur sont fournies à la frontière.
A la télé, des images d’archives, Sabra et Chatila, une vieille femme en pleurs, elle hurle, fixe la caméra : « wein al 3arab ? weinkoum ? »
Au rayon des films indiens, deux hommes qui demandent les dernières sorties. Ils veulent Shah Rukh Khan et Kajol, Preity Zinta et Ashwarya Rai, ils connaissent bien et semblent apprécier le style Bollywood… et dire qu’on m’appelle la midinette quand je pleure devant le millième mariage de Shah Rukh Khan qui va rater à cause de la belle-mère, des terroristes, d’un tremblement de terre ou que sais-je ! Les deux djellabas blanches s’écartent et deux nouveaux entrants font leur apparition, réduisant un peu plus encore l’espace dans la petite échoppe… Ils descendent d’une voiture immatriculée en Jordanie mais ils ont cette façon bien particulière de prononcer le « h »… Eux, se tournent tout de suite vers les derniers films américains, au cinéma chez eux et déjà en DVD à un dinar ici…
Plusieurs sacs de films de Bollywood plus tard, les deux jellabas se mettent en branle, les keffieh virevoltent et un puissant « salamo 3alaikoum » retentit. Nos fans de mélodrames indiens reprennent la route : venus de Jeddah pour faire leurs courses et respirer quelques instants dans la folle Amman – pourtant bien prude aux yeux de plus d’un…
Le long de l’autre mur, on passe en revue - en anglais – les derniers scénarii d’Hollywood, on convertit en shekels pour mieux marchander et on finit par se séparer après maints « salam khalikoum » et autres « akhlan »… Moi, je regarde mes voisins d’outre-jourdain remonter dans leur voiture sans bien comprendre, tandis que mon ami m’explique que, « dans un souci de protection », des plaques locales leur sont fournies à la frontière.
A la télé, des images d’archives, Sabra et Chatila, une vieille femme en pleurs, elle hurle, fixe la caméra : « wein al 3arab ? weinkoum ? »
mardi 17 juin 2008
A très vite...
Je suis désolée... j'ai délaissé ce blog, repoussant chaque jour l'envoi de nouveaux posts...
je suis juste encore en vadrouille... je vous promets que vous aurez très vite des nouvelles et je vous prépare des billets sur toutes mes nouvelles découvertes...
plein d'histoires en tête, juste pas le temps de me poser pour écrire... mais je vais m'y mettre, c'est promis!
à très vite!
ps: merci de venir aux nouvelles... voilà qui va bien me remotiver...
je suis juste encore en vadrouille... je vous promets que vous aurez très vite des nouvelles et je vous prépare des billets sur toutes mes nouvelles découvertes...
plein d'histoires en tête, juste pas le temps de me poser pour écrire... mais je vais m'y mettre, c'est promis!
à très vite!
ps: merci de venir aux nouvelles... voilà qui va bien me remotiver...
dimanche 18 mai 2008
Et moi qui croyait...
Elle l’a frappée avec sa ceinture.
Et moi qui croyait que c’était un cliché d’écrivain ou un truc qu’on faisait dans le temps, ou dans les coins reculés du bled… moi, la petite naïve, la petite gâtée, la fausse Arabe, grrandie dans son cocon de parents bac +5-bac +8… moi qui n’ait que de grands discours à la bouche, qui lutte contre tout et n’importe quoi, qui m’enflamme pour les Palestiniens, pour les ouvriers, pour les détenus, que sais-je encore…
Et bien, moi, devant la petite Fatem Zahra qui commençait à me fatiguer à ne pas se souvenir que « foum » en français, ça se dit « bouche », moi qui lui répétais pour la millième fois que « trois » prend un « s » à la fin, j’ai vu sa mère lui décocher un coup de ceinture devant moi, parce qu’elle n’apprenait pas assez vite et pas assez bien, alors que khalto Sarah te l’a répété mille fois… j’ai vu la ceinture sortir, fouetter l’air et retourner sous l’oreiller et je n’ai pas bougé…
Voilà, j’ai une voisine marocaine… ça me tue, mais elle est exactement LA Marocaine de Jordanie, qui m’explique gentiment quand je lui demande où est son mari « mais c’est comme du théâtre, tu vois, un mariage blanc, mais il est sympa… il est Jordanien et il me demande même pas de lui payer chaque mois 100 ou 200 dollars »… A trente ans, elle a donc faussement épousé un Jordanien de 23 ans, comme sa sœur avant elle, qui « doit l’aider à obtenir la nationalité, mais là c’est un peu compliqué parce que son mari jordanien vient de rentrer en prison, donc là on va laisser un peu se tasser les choses… » et quand elle me parle de ses recherches de boulots dans « les hôtels », « les massages » ou les « cafés » je dois jouer mon oie blanche et faire celle qui comprend pas, elle m’a assez répété qu’elle cherchait des hôtels « mouhtaramin » pour faire ses massages, elle est même prête à bosser de nuit, tu vois elle s’adapte, la flexibilité, tout ça…
Moi, qui en voulais aux Jordaniens d’insinuer que nous, les Marocaines… bref, voilà, j’en ai vu une… et ça me fait tellement mal pour elle… mariée à Aîn Sebaa, fraîchement débarquée de 3abda, son mari l’a laissée avec sa petite Fatem Zahra, qu’elle trimballe partout avec elle, en boîte où elle a intérêt à se trouver une banquette pour dormir, parce que sa mère est intransigeante, « elle est petite, elle doit dormir tôt », au restau quand elle se fait inviter par les millions de mecs qui l’appellent, pour lui dire qu’ils vont lui trouver un boulot, qu’ils cherchent, là…
Et puis, comme elle a pas fait d’études, elle veut que Fatem Zahra réussisse, alors… Elle l’a frappée avec sa ceinture.
Et moi qui croyait…
Et moi qui croyait que c’était un cliché d’écrivain ou un truc qu’on faisait dans le temps, ou dans les coins reculés du bled… moi, la petite naïve, la petite gâtée, la fausse Arabe, grrandie dans son cocon de parents bac +5-bac +8… moi qui n’ait que de grands discours à la bouche, qui lutte contre tout et n’importe quoi, qui m’enflamme pour les Palestiniens, pour les ouvriers, pour les détenus, que sais-je encore…
Et bien, moi, devant la petite Fatem Zahra qui commençait à me fatiguer à ne pas se souvenir que « foum » en français, ça se dit « bouche », moi qui lui répétais pour la millième fois que « trois » prend un « s » à la fin, j’ai vu sa mère lui décocher un coup de ceinture devant moi, parce qu’elle n’apprenait pas assez vite et pas assez bien, alors que khalto Sarah te l’a répété mille fois… j’ai vu la ceinture sortir, fouetter l’air et retourner sous l’oreiller et je n’ai pas bougé…
Voilà, j’ai une voisine marocaine… ça me tue, mais elle est exactement LA Marocaine de Jordanie, qui m’explique gentiment quand je lui demande où est son mari « mais c’est comme du théâtre, tu vois, un mariage blanc, mais il est sympa… il est Jordanien et il me demande même pas de lui payer chaque mois 100 ou 200 dollars »… A trente ans, elle a donc faussement épousé un Jordanien de 23 ans, comme sa sœur avant elle, qui « doit l’aider à obtenir la nationalité, mais là c’est un peu compliqué parce que son mari jordanien vient de rentrer en prison, donc là on va laisser un peu se tasser les choses… » et quand elle me parle de ses recherches de boulots dans « les hôtels », « les massages » ou les « cafés » je dois jouer mon oie blanche et faire celle qui comprend pas, elle m’a assez répété qu’elle cherchait des hôtels « mouhtaramin » pour faire ses massages, elle est même prête à bosser de nuit, tu vois elle s’adapte, la flexibilité, tout ça…
Moi, qui en voulais aux Jordaniens d’insinuer que nous, les Marocaines… bref, voilà, j’en ai vu une… et ça me fait tellement mal pour elle… mariée à Aîn Sebaa, fraîchement débarquée de 3abda, son mari l’a laissée avec sa petite Fatem Zahra, qu’elle trimballe partout avec elle, en boîte où elle a intérêt à se trouver une banquette pour dormir, parce que sa mère est intransigeante, « elle est petite, elle doit dormir tôt », au restau quand elle se fait inviter par les millions de mecs qui l’appellent, pour lui dire qu’ils vont lui trouver un boulot, qu’ils cherchent, là…
Et puis, comme elle a pas fait d’études, elle veut que Fatem Zahra réussisse, alors… Elle l’a frappée avec sa ceinture.
Et moi qui croyait…
lundi 12 mai 2008
Trip to Jerusalem (Part 2)
Bon, après les aventures du matin, on a sauté dans la navette direction Damascus Gate à Jérusalem… sans le savoir on a eu une chance énorme… débarquées en plein Pessah, la vieille Ville était interdite aux Arabes… mais la navette, elle, peut transiter…nous avons donc atterri au milieu de Jérusalem Est, empruntant la Via Dolorosa pour aller manger dans « la meilleure pizzeria de Jérusalem depuis cinquante ans », si l’on en croit la vitrine (tu vois, Italiano, je te suis fidèle ;o) (mais moi j’ai pris un kebab… sorry)
C’est donc ça Jérusalem, c’est donc ici ! Ici où se « mêlent » Arabes et Juifs, ici qu’Ariel Sharon résidait, au milieu du quartier arabe, à deux pas des mosquées, ici que les patrouilles se succèdent, mitraillette à l’épaule et gilet pare-balles de rigueur… tiens, des sœurs qui s’arrêtent à chaque station du chemin de croix, là, un groupe de femmes juives, le crâne rasé, ici des femmes voilées… ah, une boutique de CDs… Amr Diab, Elissa et les prêches d’Amr Khaled… à côté un vendeur de chapelets chrétiens et de statues du Christ…
Pessah oblige on n’a pu écouter aucun guide à l’œil, tous les groupes étaient des Juifs d’Europe ou de tout Israël venus écouter - en hébreu - des conférences sur chaque porte de la vieille ville arabe (qui, bien sûr ! était avant tout juive… of course)…Mortes de rire avec mama en débardeur à côté de nos amis les Loubavitch qui se baladaient avec leurs très mignons chapeau, genre, voilà, c’est cool, j’ai mon canapé sur la tête… explosée… après avoir visité le Saint-Sépulcre au milieu de centaines de pèlerins… (nan, parce qu’en plus de Pessah on est aussi arrivées au moment de la Pâques Orthodoxe et le Saint-Sépulcre est à un tiers orthodoxe… impressionnant, cette cohabitation, d’ailleurs… plusieurs Eglises dans une église et plusieurs bâtiments en un… une cohabitation un peu tranquille (quand il n’y a pas bagarre des prêtres lors du grand ménage, véridique !)
Ensuite, nous nous sommes dirigées vers l’Esplanade des Mosquées… à l’entrée j’ai dû réciter la Fatiha à un soldat israélien… « Passport please… aha French ! » « no way… » « are you sure you’re a Muslim…” (yes, I think so… why?) “you’re French and Muslim?” (eh bah ouais, ça existe…) “ok, tell me the fatikha” (j’adoooooooore ton accent, gros) (well, let’s go Bismillah….) et là, il baisse la tête, genre il écoute attentivement… il m’a juste coupée en plein milieu, l’air de rien y comprendre… « well, ok, go… »… et à l’entrée un Arabe me fait re-réciter tout ce que je sais de Coran, on discute un peu… « tab, anti fi firanssa… ou fi ktir muslimoum houn ? comment tu vas te marier là-bas ? tu veux un Marocain ? » (euh, bah, écoute… si tu veux on en reparle un autre jour, ok ? on verra…) bref… me voilà sur l’Esplanade… gigantesque, énorme, impressionnant… tellement grand et tellement calme… tellement beau, je sais pas, tu sens un autre, c’est beau, c’est tellement beau… et là, le dôme apparaît, encore plus grand qu’en vrai, plus beau, plus brillant… rien à voir avec les photos qui m’avaient déjà emballées… grandiose ! il faut voir ça dans sa vie, franchement ! (désolée, je suis pas rentrée avec l’appareil photo…) rentrée prier… un régal… beaucoup de femmes (quasiment que des femmes, puisque pour rentrer pour un homme, y’a des limites d’âge et aussi de tête… (à la discrétion de mon pote à l’entrée… mister « fatikha »…) ici, des femmes viennent passer la journée… y’en a qui pique-niquent, d’autres qui dorment ici, d’autres qui prient… et y’a même des oiseaux qui passent, rentrent, volettent… puis al aqsa al gadim, et encore un grand parc… un délicieux moment…
En ressortant, mister fatikha est encore intrigué, il me demande si je parle arabe, je reste évasive… et là un autre soldat arrive et me parle en arabe… je comprends pas, je lui dis… il a pas l’accent des autres… et il me lâche, au milieu de son « solero exotique »…, « moi, je suis Druze… », aha… alors c’est vrai, y’a vraiment des Arabes et des Musulmans dans Tsahal… bref, on sympathise avec mon Druze… il est content de me parler en arabe, de me montrer qu’il est soldat et qu’il parle arabe… (il doit aussi être content de voir une Arabe qui le méprise pas… en discutant après, je découvre à quel point on les hait… les seuls Arabes qui ont le droit de servir Tsahal (et qui le font !) je croyais qu’il n’y avait qu’au Golan qu’ils s’engageaient contre les Syriens, mais non, ici aussi, ils soutiennent l’Etat hébreu (ou en tout cas, participent à sa « défense »…) avis mitigé… je ne sais plus trop quoi penser…
Mais il va être 19h et les check-point vont fermer…
On rentre dormir chez une amie à Ram (entre Ramallah et Jérusalem…) dix minutes en temps normal, près d’une heure en voiture à cause du Mur… le Mur qu’on voit partout depuis la frontière, entre deux colonies… j’ai eu l’impression de ne voir que des colonies d’ailleurs depuis mon entrée en Cisjordanie… Ma’ale Adounim, une des plus importantes et des plus connues nous cueille dès l’entrée, puis ça s’enchaîne… toujours entourées de ce fameux mur… légèrement opprimant comme sensation… pour aller à Ram, on le longe dans les deux sens, alors qu’on passe de Jérusalem Est à une banlieue arabe… 4 km de mur dans les deux sens… ça aussi c’est une expérience…
Et après tout ça, retour en catastrophe le matin à Malik Hussein. Avec Pessah, la frontière ferme encore plus tôt… et il faut avoir le temps, on sait jamais, et puis faut le payer le visa de sortie… oui, on paye pas l’entrée en Israël mais pour en sortir (même sans y être entré !) on paye… et 30 dollars, please…
dimanche 4 mai 2008
mercredi 30 avril 2008
Délit de sale gueule
Je vous avais prévenus… La Sarah est parfois kamikaze…
Alors lundi dernier, à sept heures, j’ai sauté dans un taxi et pris la direction du pont Malik Hussein…
Le pont Malik Hussein, c’est la frontière entre la Jordanie et la Cisjordanie, exactement entre Amman et Jérusalem, à deux pas de Jéricho… Jusqu’ici pas de problème, hormis le fait qu’il faille payer un visa de sortie de la Jordanie, sans pour autant être tamponné sur son passeport comme sortie du royaume, puisque Cisjordanie et Jordanie ne font encore qu’un, officiellement… (cherche pas…) après avoir payé mon timbre à cinq dinars et avoir rigolé avec les policiers jordaniens (sympa ! décidément, rien à voir avec nos petits h’nouchates à nous…) j’ai pris un bus pour aller à la frontière (jordano-palestinienne)… gardée par les… Israéliens ! va comprendre ! En tout cas, ils ont réussi à construire une espèce de gros bâtiment qui ressemble à un aéroport au milieu du désert… ou en tout cas à la partie « sécurité et contrôle » d’un aéroport…
J’arrive donc, mon sac à main (toujours le rouge !) à l’épaule et mon passeport dans la main… pas de bagages, ça va donc un peu plus vite et les sous-fifres arabes qui auscultent les valises des autres m’indiquent l’entrée du bunker… Je rentre, brandissant fièrement mon petit passeport 7mar, me disant bikheeeeeeeeeeeer, ana fransaouiya ! et je rentre dans le nouveau truc à la mode en Israël pour contrôler sans risque : une espèce de cabine blindée qui t’envoie de l’air et te prend en photo en même temps ! (cherche pas…) c’est ça la fouille… je me dis, cool, ça va être sympa… et m’apprête à courir vers la Palestine quand la petite soldate me dit dans son arabe trop mignon « istanni, what’s your name ? », visiblement ça fait pas assez français pour elle… elle comprend pas, me fait répéter trois fois, avant de me dire, « ok, sit down, keep quite » (ah bon ? parce qu’avant qu’elle connaisse mon nom j’avais l’air moins excitée que maintenant ? mouhim, je keep cool and quite et j’attends, le cul vissée sur son petit banc, sous le regard méfiant de ma petite blonde qui explique à ma maman, Française, qui a récupéré son passeport depuis belle lurette, qu’elle ne doit pas rester à côté de moi… (ah oui ? même pour elle je suis devenue dangereuse ?)
Après une heure, où à chaque fois que je tourne la tête, miss blondie sursaute et me dit « sit down ! », arrive un petit rondouillard qui récupère mon passeport et fait… une croix dessus ! après avoir interrogé le pauvre Libanais qui, comme moi, avait rejoint le guichet « VIP » (oui, ici, il y a le guichet « arabes » et le guichet « VIP »…) avec son passeport américain, donc, après l’avoir libéré, il prend son temps, rigole un peu avec ses potos les soldats et vient me voir pour en savoir plus : « so, you are French ? really ? » (nan, nan, j’me suis fait un faux passeport pour passer chez toi, tu veux l’adresse du mec qui me l’a fait ?) (ou bien, j’ai mieux, fais moi comme pour les Arabes, passes mon passeport au détecteur d’empreinte et analyse le dans tes petites machines, là…) « mais, avec ton nom, je comprends pas bien… » (et moi, ce que je comprends pas bien, c’est pourquoi tu viens me faire chier comme ça, juste pour délit de sale gueule et surtout de sale nom, mon vieux…) « nan, mais tu comprendras qu’avec un nom comme ça, je doive te poser des questions supplémentaires », là j’ose un « ah ? » « yes, for security reasons » (ah ! celle-là j’allai juste l’entendre 38.768 millions de fois…) ok, allons-y, alors voilà mon papa est Marocain (ah, oui ! j’adore la bouffe marocaine, ça ressemble à la bouffe turque !) (passons sur la connerie du type, mais la phrase est véridique, wallah !)
Bon, finalement, monsieur entoure la croix sur mon passeport ! (moi, naïve, je croyais que ça voulais dire qu’il avait enfin compris ma bonne foi, parce qu’après avoir expliqué quinze fois que j’allai à Jérusalem pour faire du tourisme (Jérusalem arabe soit dit en passant, et pour ceux qui sont pas encore perdus, en traversant la seule Cisjordanie, sans jamais mettre un pied en Israël !), je croyais, donc, qu’on allait finir par me croire… la folle !
Me voilà, mon passeport en main, ma mama récupérée, pour aller au guichet VIP me faire tamponner le visa israélien pour un pays où je ne vais pas… bref ! arrivée là, mama obtient son tampon en deux temps trois mouvements et je me dis déjà une bonne journée en perspective et tout et tout… mais les petits soldats m’avaient prévu un autre emploi du temps pour ma journée… obligée de remplir des formulaires avec le nom de mon père, les pays arabes que je connais, le nom de tous les Palestiniens que je connais, de tous les Israéliens aussi, de tous les Jordaniens que j’ai rencontré (sérieux, tu les veux tous ? et moul pissri et abou chabab d’il y a trois semaines ?), la photocopie de mes billets d’avion des trois derniers mois (oui, oui, bien sûr, j’ai toujours ça sur moi, t’inquiètes…) et aussi les pays que j’ai le projet de visiter… bref…
Une heure après avoir récupéré mon formulaire (encore bloquée sur mon banc, là, en métal tout froid… et bouge pas, surtout, ok ? on viendra te chercher…) trois types sont venus me faire corriger le formulaire, ajouter ceci, changer cela, préciser tous mes numéros de téléphone, en France, en Jordanie, ailleurs, mails, adresses et tout…
Et finalement un guignol à lunettes débarque et me dit « so, you have something for me
? » (comething for you ? tu te fous de ma gueule ? ah… le formulaire, là, bah oui… )
re-attente et finalement un sous-fifre m’emmène dans le bureau du chef… devant la porte, il me lâche « ah, by the way, you don’t have knives on you ? » (pardon ? et la petite cabine qui envoie de l’air là, elle sert à quoi au juste ?)
Là, le patron est en fait, mon petit binoclard… il me fait un petit suspense avec son sous-fifre, genre « laisse la porte ouverte » « nan, ferme la, en fait », « oui, bah nan, laisse entr’ouvert » (là, il me regarde un moment) « oui, laisse un peu plus ouvert en fait… » (ok, je suis définitivement un danger, je crois…) so… allons-y « alors pourquoi ta mère t’accompagne et pas ton père ? » (sorry ? j’ai pas dû bien comprendre, là !) et est-ce que tu as déjà rencontré des policiers jordaniens (t’es déjà allé en Jordanie, parce que pour pas rencontrer un flic, ici, faut le faire, entre la police de l’environnement, celle du tourisme, de l’eau, et la vraie police, celle des visas, de la frontière, de l’aéroport…) et « alors, t’es Marocaine ? » (là il fait genre, on est potes, « ma mère est de Marrakech » (cool !) ahaha, toi t’es de Casablanca, t’as vu le film ? (quoi ? c’est dans l’interrogatoire, ça aussi, ou bien je dois rigoler, ou dire non ou bien oui, c’est mieux vu ? tu m’as eu, là !)
Bon, donc après une heure de questions à la con, genre « qui paye ton appart’ en Jordanie ? » « pourquoi faire du tourisme en Israël ? » et « si je te parlais en arabe là, tu saurais répondre » (j’ai fait ma folle, là, genre « ok, let’s try ! » « well, I think it’s better in English »…. HAHAHAHA, alors on fait moins le mariole là, monsieur lunettes !) (oui, la Sarah est mesquine parfois…)
après une heure donc, Monsieur me dit « ok, you can go back to your seat »… (pardon, ton petit banc pourri c’est devenu « MY seat » ? et mon passeport… « well, I’ll do my best, but I hope that you have a good book with you ? » (pardon? Un bon livre? Mais ça durer encore combien de temps ces conneries…) « je vais essayer de faire mon max pour que ça dure moins qu’une heure, pour toi… » (quoi, pour moi ? quoi ?)
retour sur mon banc, donc, pour une heure… à la fin de laquelle je pète un plomb et ce connard me répond « attend ! on est obligé de prendre du temps, quand même, you are… » (et là il se rend compte qu’il va dire une grosse connerie…) « yes ? I am… » nan, rien, attends, sit down ! (et pourquoi ?) (ah oui, sorry, j’avais oublié, « security reasons », yes, yes, ok, sorry, cool…) t’as raison, je suis quand même une… (pas VIP, quoi !)
finalement ils me l’ont rendu mon passeport avec ma petite croix, mon petit rond et… un visa trois fois plus court que mama et les autres…
mais, attends ! maintenant c’est le contrôle de la fin, celui où il fouille les bébés des Arabes et vérifie chaque objet au détecteur d’empreintes… nous, les « VIP » on évite ça, mais à la sortie, j’ai quand même eu droit à « by the way, do you have weapons ? »…
Et dire qu’en France, quand je dis Sarah Ben, on croit que je suis Juive…
Alors lundi dernier, à sept heures, j’ai sauté dans un taxi et pris la direction du pont Malik Hussein…
Le pont Malik Hussein, c’est la frontière entre la Jordanie et la Cisjordanie, exactement entre Amman et Jérusalem, à deux pas de Jéricho… Jusqu’ici pas de problème, hormis le fait qu’il faille payer un visa de sortie de la Jordanie, sans pour autant être tamponné sur son passeport comme sortie du royaume, puisque Cisjordanie et Jordanie ne font encore qu’un, officiellement… (cherche pas…) après avoir payé mon timbre à cinq dinars et avoir rigolé avec les policiers jordaniens (sympa ! décidément, rien à voir avec nos petits h’nouchates à nous…) j’ai pris un bus pour aller à la frontière (jordano-palestinienne)… gardée par les… Israéliens ! va comprendre ! En tout cas, ils ont réussi à construire une espèce de gros bâtiment qui ressemble à un aéroport au milieu du désert… ou en tout cas à la partie « sécurité et contrôle » d’un aéroport…
J’arrive donc, mon sac à main (toujours le rouge !) à l’épaule et mon passeport dans la main… pas de bagages, ça va donc un peu plus vite et les sous-fifres arabes qui auscultent les valises des autres m’indiquent l’entrée du bunker… Je rentre, brandissant fièrement mon petit passeport 7mar, me disant bikheeeeeeeeeeeer, ana fransaouiya ! et je rentre dans le nouveau truc à la mode en Israël pour contrôler sans risque : une espèce de cabine blindée qui t’envoie de l’air et te prend en photo en même temps ! (cherche pas…) c’est ça la fouille… je me dis, cool, ça va être sympa… et m’apprête à courir vers la Palestine quand la petite soldate me dit dans son arabe trop mignon « istanni, what’s your name ? », visiblement ça fait pas assez français pour elle… elle comprend pas, me fait répéter trois fois, avant de me dire, « ok, sit down, keep quite » (ah bon ? parce qu’avant qu’elle connaisse mon nom j’avais l’air moins excitée que maintenant ? mouhim, je keep cool and quite et j’attends, le cul vissée sur son petit banc, sous le regard méfiant de ma petite blonde qui explique à ma maman, Française, qui a récupéré son passeport depuis belle lurette, qu’elle ne doit pas rester à côté de moi… (ah oui ? même pour elle je suis devenue dangereuse ?)
Après une heure, où à chaque fois que je tourne la tête, miss blondie sursaute et me dit « sit down ! », arrive un petit rondouillard qui récupère mon passeport et fait… une croix dessus ! après avoir interrogé le pauvre Libanais qui, comme moi, avait rejoint le guichet « VIP » (oui, ici, il y a le guichet « arabes » et le guichet « VIP »…) avec son passeport américain, donc, après l’avoir libéré, il prend son temps, rigole un peu avec ses potos les soldats et vient me voir pour en savoir plus : « so, you are French ? really ? » (nan, nan, j’me suis fait un faux passeport pour passer chez toi, tu veux l’adresse du mec qui me l’a fait ?) (ou bien, j’ai mieux, fais moi comme pour les Arabes, passes mon passeport au détecteur d’empreinte et analyse le dans tes petites machines, là…) « mais, avec ton nom, je comprends pas bien… » (et moi, ce que je comprends pas bien, c’est pourquoi tu viens me faire chier comme ça, juste pour délit de sale gueule et surtout de sale nom, mon vieux…) « nan, mais tu comprendras qu’avec un nom comme ça, je doive te poser des questions supplémentaires », là j’ose un « ah ? » « yes, for security reasons » (ah ! celle-là j’allai juste l’entendre 38.768 millions de fois…) ok, allons-y, alors voilà mon papa est Marocain (ah, oui ! j’adore la bouffe marocaine, ça ressemble à la bouffe turque !) (passons sur la connerie du type, mais la phrase est véridique, wallah !)
Bon, finalement, monsieur entoure la croix sur mon passeport ! (moi, naïve, je croyais que ça voulais dire qu’il avait enfin compris ma bonne foi, parce qu’après avoir expliqué quinze fois que j’allai à Jérusalem pour faire du tourisme (Jérusalem arabe soit dit en passant, et pour ceux qui sont pas encore perdus, en traversant la seule Cisjordanie, sans jamais mettre un pied en Israël !), je croyais, donc, qu’on allait finir par me croire… la folle !
Me voilà, mon passeport en main, ma mama récupérée, pour aller au guichet VIP me faire tamponner le visa israélien pour un pays où je ne vais pas… bref ! arrivée là, mama obtient son tampon en deux temps trois mouvements et je me dis déjà une bonne journée en perspective et tout et tout… mais les petits soldats m’avaient prévu un autre emploi du temps pour ma journée… obligée de remplir des formulaires avec le nom de mon père, les pays arabes que je connais, le nom de tous les Palestiniens que je connais, de tous les Israéliens aussi, de tous les Jordaniens que j’ai rencontré (sérieux, tu les veux tous ? et moul pissri et abou chabab d’il y a trois semaines ?), la photocopie de mes billets d’avion des trois derniers mois (oui, oui, bien sûr, j’ai toujours ça sur moi, t’inquiètes…) et aussi les pays que j’ai le projet de visiter… bref…
Une heure après avoir récupéré mon formulaire (encore bloquée sur mon banc, là, en métal tout froid… et bouge pas, surtout, ok ? on viendra te chercher…) trois types sont venus me faire corriger le formulaire, ajouter ceci, changer cela, préciser tous mes numéros de téléphone, en France, en Jordanie, ailleurs, mails, adresses et tout…
Et finalement un guignol à lunettes débarque et me dit « so, you have something for me
? » (comething for you ? tu te fous de ma gueule ? ah… le formulaire, là, bah oui… )
re-attente et finalement un sous-fifre m’emmène dans le bureau du chef… devant la porte, il me lâche « ah, by the way, you don’t have knives on you ? » (pardon ? et la petite cabine qui envoie de l’air là, elle sert à quoi au juste ?)
Là, le patron est en fait, mon petit binoclard… il me fait un petit suspense avec son sous-fifre, genre « laisse la porte ouverte » « nan, ferme la, en fait », « oui, bah nan, laisse entr’ouvert » (là, il me regarde un moment) « oui, laisse un peu plus ouvert en fait… » (ok, je suis définitivement un danger, je crois…) so… allons-y « alors pourquoi ta mère t’accompagne et pas ton père ? » (sorry ? j’ai pas dû bien comprendre, là !) et est-ce que tu as déjà rencontré des policiers jordaniens (t’es déjà allé en Jordanie, parce que pour pas rencontrer un flic, ici, faut le faire, entre la police de l’environnement, celle du tourisme, de l’eau, et la vraie police, celle des visas, de la frontière, de l’aéroport…) et « alors, t’es Marocaine ? » (là il fait genre, on est potes, « ma mère est de Marrakech » (cool !) ahaha, toi t’es de Casablanca, t’as vu le film ? (quoi ? c’est dans l’interrogatoire, ça aussi, ou bien je dois rigoler, ou dire non ou bien oui, c’est mieux vu ? tu m’as eu, là !)
Bon, donc après une heure de questions à la con, genre « qui paye ton appart’ en Jordanie ? » « pourquoi faire du tourisme en Israël ? » et « si je te parlais en arabe là, tu saurais répondre » (j’ai fait ma folle, là, genre « ok, let’s try ! » « well, I think it’s better in English »…. HAHAHAHA, alors on fait moins le mariole là, monsieur lunettes !) (oui, la Sarah est mesquine parfois…)
après une heure donc, Monsieur me dit « ok, you can go back to your seat »… (pardon, ton petit banc pourri c’est devenu « MY seat » ? et mon passeport… « well, I’ll do my best, but I hope that you have a good book with you ? » (pardon? Un bon livre? Mais ça durer encore combien de temps ces conneries…) « je vais essayer de faire mon max pour que ça dure moins qu’une heure, pour toi… » (quoi, pour moi ? quoi ?)
retour sur mon banc, donc, pour une heure… à la fin de laquelle je pète un plomb et ce connard me répond « attend ! on est obligé de prendre du temps, quand même, you are… » (et là il se rend compte qu’il va dire une grosse connerie…) « yes ? I am… » nan, rien, attends, sit down ! (et pourquoi ?) (ah oui, sorry, j’avais oublié, « security reasons », yes, yes, ok, sorry, cool…) t’as raison, je suis quand même une… (pas VIP, quoi !)
finalement ils me l’ont rendu mon passeport avec ma petite croix, mon petit rond et… un visa trois fois plus court que mama et les autres…
mais, attends ! maintenant c’est le contrôle de la fin, celui où il fouille les bébés des Arabes et vérifie chaque objet au détecteur d’empreintes… nous, les « VIP » on évite ça, mais à la sortie, j’ai quand même eu droit à « by the way, do you have weapons ? »…
Et dire qu’en France, quand je dis Sarah Ben, on croit que je suis Juive…
mercredi 16 avril 2008
Un peu plus au sud...
Alors, oui, je vais détoner ! Alors que la presse, le pouvoir, la rue (en tout cas en apparence, et ici on sait y faire en matière d’apparence, de vitrine, de grande gueule, de grands discours bien creux auxquels personne ne croit, mais auxquels tous se raccrochent…) alors que tous, donc, saluent le quatrième round des négociations et la proposition marocaine. Alors qu’oser se prononcer pour l’auto-détermination en a conduit plus d’un en prison, alors que ne serait-ce qu’évoquer l’idée qu’il serait peut-être envisageable de laisser la possibilité aux Sahraouis d’exprimer leurs choix, leurs aspirations relève tout à la fois du crime de lèse-majesté, de haute trahison, voire d’apostasie à la grande nation marocaine, et bien, malgré tout cela, oui, je me lance…
A priori, je n’ai pas une opinion très prononcée sur le sujet, pour faire court, je m’en fous depuis toujours, je ne m’y suis jamais intéressée (et grand bien m’en a sûrement pris…) et personne ne m’y a jamais sensibilisée… mais depuis que je suis « rentrée », je trouve le consensus tellement unanime et mielleux, dégoulinant, quasi-extatique devant ce territoire qui m’a paru longtemps n’être qu’un tas de sable, que j’en viens à vouloir m’opposer juste pour le plaisir de m’opposer à tout ça ! juste pour ne pas participer à ce grand élan, à cette propagande osons le mot, à ce matraquage permanent !
Pourquoi ne pas permettre le débat ? Pourquoi ne pas laisser les gens juger par eux-mêmes ? Si Tindouf et autres exactions « algériennes » sont aussi graves, les faits parlent d’eux-mêmes et le matraquage qui est fait autour d’eux ne fait qu’insulter la souffrance en la récupérant. Si les Sahraouis sont si décidés à rester dans le giron marocain comme voudrait nous le faire croire la surmédiatisation des associations pro- Sahara marocain et le black-out total sur tout ce qui ne se situe pas dans la bonne ligne, celle dictée par qui de droit… si, donc, nous sommes si sûrs de la réponse, pourquoi ne pas laisser les Sahraouis s’exprimer démocratiquement et clore enfin le débat par un vote qui imposerait une ligne claire ? Pourquoi a-t-on besoin de cette histoire pour maintenir la cohésion ? N’est-ce pas insulter l’intelligence des Marocains que leur faire croire que c’est sur ce seul point qu’ils peuvent montrer leur loyauté, voire leur probité et leur moralité ?
Je trouve honteuses les éructations de notre Premier Ministre qui assimile Sebta et Melilla à la Palestine, quand on « garde » nos Sahraouis derrière un mur (d’accord, de sable… et pudiquement appelé « dispositif de défense »), comme je trouve un peu exagérée la victimisation qui consiste à faire des Sahraouis les Palestiniens africains…
Je trouve affligeant qu’ils soient instrumentalisés dans la longue histoire de tensions entre le Maroc et l’Algérie, comme je trouve ridicule l’appel à la guerre lancé récemment.
Comme je trouve pitoyable que la « communauté internationale » soit assez hypocrite pour soutenir la proposition marocaine tout en distinguant les deux entités, poussant le vice jusqu’à multiplier les projets dans les « provinces du sud » (doux euphémisme… soyons conventionnels !) tout en se cachant derrière des sociétés fantoches aux projets fantômes à travers le royaume (dans sa partie plus… nordique, disons… restons toujours dans la norme !)
Alors on peut toujours me parler de lignes rouges, d’enjeux géostratégiques, de ressources énergétiques, de projet national, de cohésion sociale… ça ne m’empêchera pas de ne toujours rien comprendre et tant que personne ne prendra le temps et le courage de m’expliquer ce que tout cela signifie et représente, je m’opposerai, pour le principe. La question n’est pas d’être pour ou contre, je l’ai dit, je n’ai pas de position sur ce point car je n’ai aucune des clés pour comprendre la question, mais je ne veux pas suivre aveuglément,ni un bord, ni l’autre, donc dans le doute je m’oppose à cette hystérie collective…
Et je risque de ne pas être la seule car un tel consensus ne peut qu’effrayer, ne peut que faire douter… Pourquoi tout le monde est-il d’accord ? Pourquoi toute la presse, dans un seul élan, unanime et tellement laudateur qu’il en paraît suspect, adopte-t-elle et loue-t-elle ce consensus ? Pourquoi dans chaque concert, a-t-on droit à l’inévitable artiste sahraoui, celui qui va chanter la bonté et la grandeur du Maroc et rappeler qu’il est lui-même Sahraoui mais bien Marocain, (Maghribi tab3an, dans le texte)…
A force de forcer ainsi le discours, on ne peut que s’attirer les foudres et forcer les citoyens à se questionner. Entre censures des sites qui expriment des « pensées interdites » et surmédiatisation des "bons indigènes", le pouvoir joue une partie de plus en plus dangereuse que tous les clips, chansons, fêtes nationales et manifestations fantoches ne permettront pas éternellement de soutenir…
A priori, je n’ai pas une opinion très prononcée sur le sujet, pour faire court, je m’en fous depuis toujours, je ne m’y suis jamais intéressée (et grand bien m’en a sûrement pris…) et personne ne m’y a jamais sensibilisée… mais depuis que je suis « rentrée », je trouve le consensus tellement unanime et mielleux, dégoulinant, quasi-extatique devant ce territoire qui m’a paru longtemps n’être qu’un tas de sable, que j’en viens à vouloir m’opposer juste pour le plaisir de m’opposer à tout ça ! juste pour ne pas participer à ce grand élan, à cette propagande osons le mot, à ce matraquage permanent !
Pourquoi ne pas permettre le débat ? Pourquoi ne pas laisser les gens juger par eux-mêmes ? Si Tindouf et autres exactions « algériennes » sont aussi graves, les faits parlent d’eux-mêmes et le matraquage qui est fait autour d’eux ne fait qu’insulter la souffrance en la récupérant. Si les Sahraouis sont si décidés à rester dans le giron marocain comme voudrait nous le faire croire la surmédiatisation des associations pro- Sahara marocain et le black-out total sur tout ce qui ne se situe pas dans la bonne ligne, celle dictée par qui de droit… si, donc, nous sommes si sûrs de la réponse, pourquoi ne pas laisser les Sahraouis s’exprimer démocratiquement et clore enfin le débat par un vote qui imposerait une ligne claire ? Pourquoi a-t-on besoin de cette histoire pour maintenir la cohésion ? N’est-ce pas insulter l’intelligence des Marocains que leur faire croire que c’est sur ce seul point qu’ils peuvent montrer leur loyauté, voire leur probité et leur moralité ?
Je trouve honteuses les éructations de notre Premier Ministre qui assimile Sebta et Melilla à la Palestine, quand on « garde » nos Sahraouis derrière un mur (d’accord, de sable… et pudiquement appelé « dispositif de défense »), comme je trouve un peu exagérée la victimisation qui consiste à faire des Sahraouis les Palestiniens africains…
Je trouve affligeant qu’ils soient instrumentalisés dans la longue histoire de tensions entre le Maroc et l’Algérie, comme je trouve ridicule l’appel à la guerre lancé récemment.
Comme je trouve pitoyable que la « communauté internationale » soit assez hypocrite pour soutenir la proposition marocaine tout en distinguant les deux entités, poussant le vice jusqu’à multiplier les projets dans les « provinces du sud » (doux euphémisme… soyons conventionnels !) tout en se cachant derrière des sociétés fantoches aux projets fantômes à travers le royaume (dans sa partie plus… nordique, disons… restons toujours dans la norme !)
Alors on peut toujours me parler de lignes rouges, d’enjeux géostratégiques, de ressources énergétiques, de projet national, de cohésion sociale… ça ne m’empêchera pas de ne toujours rien comprendre et tant que personne ne prendra le temps et le courage de m’expliquer ce que tout cela signifie et représente, je m’opposerai, pour le principe. La question n’est pas d’être pour ou contre, je l’ai dit, je n’ai pas de position sur ce point car je n’ai aucune des clés pour comprendre la question, mais je ne veux pas suivre aveuglément,ni un bord, ni l’autre, donc dans le doute je m’oppose à cette hystérie collective…
Et je risque de ne pas être la seule car un tel consensus ne peut qu’effrayer, ne peut que faire douter… Pourquoi tout le monde est-il d’accord ? Pourquoi toute la presse, dans un seul élan, unanime et tellement laudateur qu’il en paraît suspect, adopte-t-elle et loue-t-elle ce consensus ? Pourquoi dans chaque concert, a-t-on droit à l’inévitable artiste sahraoui, celui qui va chanter la bonté et la grandeur du Maroc et rappeler qu’il est lui-même Sahraoui mais bien Marocain, (Maghribi tab3an, dans le texte)…
A force de forcer ainsi le discours, on ne peut que s’attirer les foudres et forcer les citoyens à se questionner. Entre censures des sites qui expriment des « pensées interdites » et surmédiatisation des "bons indigènes", le pouvoir joue une partie de plus en plus dangereuse que tous les clips, chansons, fêtes nationales et manifestations fantoches ne permettront pas éternellement de soutenir…
dimanche 6 avril 2008
Boum, Pétra et Patatras...
Par où commencer ? Wallah, j’ai l’impression d’avoir vécu trois vies en quatre jours… que d’aventures, za3ma au pays d’Indiana Jones… voilà, je suis partie à Pétra ! Traversée du désert jordanien, magnifique ! magnifique, magnifique, magnifique ! et c’est Sarah, la citadine endurcie qui vous parle… moi qui n’ai jamais pu m’émerveiller devant la nature, les arbres, les roches, les cailloux, tout ce que tu veux, là j’en suis tombée à la renverse… (et pour une fois j’avais l’appareil photo, p’tits veinards…)
Pétra mérite bien son titre de merveille du monde, un petit bijou au milieu de rien… des trésors d’architecture, de sculpture au milieu du désert…
Une longue route pour y arriver avec pour seules radio des trucs en arabe qu’on capte super mal ou bien des radio israéliennes (qu’on capte super bien, par contre) mais super chiantes… traversée de plusieurs petites villes où tout est pas cher (ce qui relève vraiment du miracle en Jordanie) et des gens sympas, qui t’accueillent et t’offrent toujours un petit truc… je crois qu’on oubliera pas de sitôt le cafetier qui a refusé qu’on paye, nous disant au revoir depuis la terrasse d’en face, où il prenait lui aussi son « 2ahwé »…
Tout ça étaient donc bien mignon jusqu’à l’arrivée à little Pétra (oui, cherche pas y’a la petite et la grande Pétra)… accostées dans un restau par des bédouins douteux qui nous proposent de faire une soirée dans le désert… méfiantes au début, on se laisse convaincre par le couple d’anglais qui se sont fait avoir avant nous… on se dit, un peu lâchement, qu’on pourra se casser plus facilement s’ils ont d’autres touristes à harceler… nous voilà partis, avec trois bédouins sur la banquette arrière dans le « désert », vers ce qui s’est révélé être une misérable bande de cailloux à la sortie de la ville au bout d’une piste foireuse… là, devant le plan bidon, comme tout individu normal on préfère passer une bonne soirée, sympa, on va faire demi-tour, pas de soucis… mais comme bien sûr, ça aurait été trop beau… nan, nan, voilà que la voiture ne démarre plus ! ok, on est au milieu du désert, entourées de bédouins qui commencent à être passablement bourrés et squattent la voiture et on peut pas démarrer… zen, Sarah, zen… et celui-là qui drague ma copine, imperturbable, qui continue, son « poème » « I was looking at the moon, and your face was in the moon, and the moon told me… » très mignon, Abdallah, très très mignon ! wallah, j’adore, maintenant on peut appeler un garagiste, please ? Allaye 3atekoum al 3afiyé, vous pouvez faire gaffe avec les ver… ok, pas grave, essaye d’éponger… ok, nan, pas grave, vas-y pousse les affaires… bon, je vous passe les détails de cette soirée mémorable, je ne sais pas comment, on s’est retrouvés à prendre un café avec nos deux amis et, comme nous semblions résister à leurs charmes (multiples et… exotiques s’il en est), ce cher ami n’a pas trouvé mieux que de s’énerver… avant de finalement me regarder droit dans les yeux « ok, I understand, it’s easy to see that u have a psychological problem… are you lesbian ? » (en roulant les r s’il vous plaît…) no comment, Mahmoud m’a tué !
Finalement réussi à s’en décoller après avoir accepté qu’il aille se changer pour nous montrer la tenue bédouine… très sympa par ailleurs, mais j’étais pas exactement dans le « mood » défilé de mode ta9lidi, je crois…
Après ne pas avoir dormi, donc, on a visité Pétra au radar… puis on a pris la route pour Amman, là aussi dans un état second, même si on a réussit à jouer assez bien les débiles en arabe pour faire sauter 50 dinars d’amende pour excès de vitesse… trop de flics ici et pas de corruption, alors obligées de se mettre au théâtre… parler un maximum en anglais, faire semblant de comprendre au bout d’un quart d’heure et glisser des phrases en fos7a, genre j’ai appris le paragraphe « conversation » du guide du routard avec l’accent le plus français possible…
Une escapade pas de tout repos, mouvementée, avec ses coups de pression, mais putain, c’était boooooooooooooooooooooon !
jeudi 3 avril 2008
Une femme française...
Pour ceux qui, comme moi, n'avait rien à faire la semaine dernière devant TV5 et sont tombés sur le film "Une femme française"... (je suis désolée pour ceux qui 'lont vu de le raconter en vrac comme ça, mais c'est comme ça que c'est sorti... en vrac...)
Une femme française, c’est une femme qui aime son mari, vraiment, elle l’aime, et ses enfants aussi, mais elle a envie (besoin ?) d’aller voir ailleurs, elle a des amants, plein, mais on lui en veut même pas, parce que quand elle retrouve son mari (qui fait la guerre en indochine et partout ailleurs, il va même en Algérie à la fin le salaud), eh bah à chaque fois qu’il rentre on sent bien qu’elle l’aime, qu’elle l’aime fort, même et lui aussi… lui, c’est un gentil, un amoureux, y’en a sûrement qui diront que c’est un con, parce qu’il sait tout (c’est les sœurs et la mère de Jeanne, sa femme, qui rapportent tout) et qu’il lui pardonne quand même et qu’il revient avec elle, il la protège, il l’aime, il la soutient et il aime aussi leurs enfants, même s’il se demande si c’est bien les siens les premiers, les jumeaux qu’elle a eu à la fin de la guerre (celle-là c’est la deuxième guerre mondiale, quand il était prisonnier).
Et Jeanne, quand ils partent habiter à Berlin, elle tombe amoureuse d’un Allemand qui s’appelle Matthias, lui aussi elle l’aime vraiment, mais elle arrive jamais à le rejoindre, on croit même qu’elle préfère son mari, mais à la fin, on retrouve dans son sac à main, quand elle est morte, qu’elle a gardé la coupure d’un journal qui disait qu’il était mort, et en fait, elle meurt étouffée, elle pouvait plus respirer… depuis sa mort, apparemment… et là Louis (c’est son mari), il comprend qu’elle l’aimait vraiment, d’ailleurs il s’était battu avec lui pour récupérer sa femme, sa femme qui avait défendu Matthias en le frappant avec une pierre, qui lui laisse une grosse cicatrice dans le dos (mais il fait croire aux gens que c’est le Viêt-Minh qui lui a fait ça)
Jeanne, c’est une femme et c’est une mère… qui s’enferme dans la pièce à côté pour voir Matthias pendant que son fils l’appelle. C’est surtout une femme, enfin, non, c’est surtout une mère qui oublie pas qu’elle est femme, aussi. C’est compliqué, on veut la juger, on peut pas trop, on se demande, on repense à sa mère, on se dit « si c’était moi », « son mari il est quand même à l’autre bout du monde », on a pitié aussi, parce que Jeanne elle existe que dans le regard des hommes et dans la colère de son mari (qui s’énerve pas vite, lui aussi…)
C’est dur d’avoir une maman qui est une femme, aussi… c’est dur d’aimer quelqu’un qui finit par nous quitter, on comprend plus bien pourquoi parce qu’après tout ce qu’il a accepté… et puis en même temps, fallait s’y attendre, mais on l’aime quand même…
Après y’a l’amour, la haine (mais il paraît que ça veut dire qu’il y a encore de l’amour, sinon ce serait de l’indifférence, enfin, c’est ce qu’on dit…) (enfin, ça doit pas être loin de la vérité quand même…), et puis les cris, Jeanne, elle lui demande pardon, à Louis, elle a vraiment l’air sincère, elle le supplie et nous on regarde et on pense fort « pardonne lui, vas-y, déconne pas », après il a pas pardonné, on se dit « bon, en même temps, elle allait encore le tromper et tout, il a raison », après on sait plus bien…
C’est qui le con, après ? Bah oui, Matthias il l’a attendu toute sa vie, Jeanne, elle, elle vit pas le grand amour, elle en aime plusieurs (deux en fait), elle couche seulement avec d’autres, Louis, il l’aime mais il doit la quitter… mais on se dit que même si Jeanne avait rencontré Matthias dès le début, ça aurait sûrement été la même histoire… alors on sait plus bien, et puis on se dit qu’on aimerait une petite vie pépère quand même, ça serait moins dur, mais peut-être moins sympa aussi…
Et puis, les enfants, on s’en fout ! Et quand on y pense, en speed, comme ça, on se dit que c’est vrai, que ça doit pas être facile d’être la fille d’une mère qui oublie pas qu’elle est femme aussi… enfin, nous aussi on sera une femme et une mère inch’Allah et puis on aimerait bien faire aussi bien que cette femme-là, que cette mère-là, même si on en souffre et on l’envie et on lui en veut, et on sait plus bien… et après on oublie… et on y repense de temps en temps, et on se dit que quand on commencera une analyse et bah tout ça, ça se verra et on comprendra mieux, enfin, peut-être…
Mais ça c’est quand on aura 40 ans, des enfants, un mari (encore là, on espère) et qu’on pètera les plombs comme elle mais qu’on osera pas la suivre, ou qu’on aura fait comme elle et que ça aura foiré, comme elle… enfin…
Une femme française, c’est une femme qui aime son mari, vraiment, elle l’aime, et ses enfants aussi, mais elle a envie (besoin ?) d’aller voir ailleurs, elle a des amants, plein, mais on lui en veut même pas, parce que quand elle retrouve son mari (qui fait la guerre en indochine et partout ailleurs, il va même en Algérie à la fin le salaud), eh bah à chaque fois qu’il rentre on sent bien qu’elle l’aime, qu’elle l’aime fort, même et lui aussi… lui, c’est un gentil, un amoureux, y’en a sûrement qui diront que c’est un con, parce qu’il sait tout (c’est les sœurs et la mère de Jeanne, sa femme, qui rapportent tout) et qu’il lui pardonne quand même et qu’il revient avec elle, il la protège, il l’aime, il la soutient et il aime aussi leurs enfants, même s’il se demande si c’est bien les siens les premiers, les jumeaux qu’elle a eu à la fin de la guerre (celle-là c’est la deuxième guerre mondiale, quand il était prisonnier).
Et Jeanne, quand ils partent habiter à Berlin, elle tombe amoureuse d’un Allemand qui s’appelle Matthias, lui aussi elle l’aime vraiment, mais elle arrive jamais à le rejoindre, on croit même qu’elle préfère son mari, mais à la fin, on retrouve dans son sac à main, quand elle est morte, qu’elle a gardé la coupure d’un journal qui disait qu’il était mort, et en fait, elle meurt étouffée, elle pouvait plus respirer… depuis sa mort, apparemment… et là Louis (c’est son mari), il comprend qu’elle l’aimait vraiment, d’ailleurs il s’était battu avec lui pour récupérer sa femme, sa femme qui avait défendu Matthias en le frappant avec une pierre, qui lui laisse une grosse cicatrice dans le dos (mais il fait croire aux gens que c’est le Viêt-Minh qui lui a fait ça)
Jeanne, c’est une femme et c’est une mère… qui s’enferme dans la pièce à côté pour voir Matthias pendant que son fils l’appelle. C’est surtout une femme, enfin, non, c’est surtout une mère qui oublie pas qu’elle est femme, aussi. C’est compliqué, on veut la juger, on peut pas trop, on se demande, on repense à sa mère, on se dit « si c’était moi », « son mari il est quand même à l’autre bout du monde », on a pitié aussi, parce que Jeanne elle existe que dans le regard des hommes et dans la colère de son mari (qui s’énerve pas vite, lui aussi…)
C’est dur d’avoir une maman qui est une femme, aussi… c’est dur d’aimer quelqu’un qui finit par nous quitter, on comprend plus bien pourquoi parce qu’après tout ce qu’il a accepté… et puis en même temps, fallait s’y attendre, mais on l’aime quand même…
Après y’a l’amour, la haine (mais il paraît que ça veut dire qu’il y a encore de l’amour, sinon ce serait de l’indifférence, enfin, c’est ce qu’on dit…) (enfin, ça doit pas être loin de la vérité quand même…), et puis les cris, Jeanne, elle lui demande pardon, à Louis, elle a vraiment l’air sincère, elle le supplie et nous on regarde et on pense fort « pardonne lui, vas-y, déconne pas », après il a pas pardonné, on se dit « bon, en même temps, elle allait encore le tromper et tout, il a raison », après on sait plus bien…
C’est qui le con, après ? Bah oui, Matthias il l’a attendu toute sa vie, Jeanne, elle, elle vit pas le grand amour, elle en aime plusieurs (deux en fait), elle couche seulement avec d’autres, Louis, il l’aime mais il doit la quitter… mais on se dit que même si Jeanne avait rencontré Matthias dès le début, ça aurait sûrement été la même histoire… alors on sait plus bien, et puis on se dit qu’on aimerait une petite vie pépère quand même, ça serait moins dur, mais peut-être moins sympa aussi…
Et puis, les enfants, on s’en fout ! Et quand on y pense, en speed, comme ça, on se dit que c’est vrai, que ça doit pas être facile d’être la fille d’une mère qui oublie pas qu’elle est femme aussi… enfin, nous aussi on sera une femme et une mère inch’Allah et puis on aimerait bien faire aussi bien que cette femme-là, que cette mère-là, même si on en souffre et on l’envie et on lui en veut, et on sait plus bien… et après on oublie… et on y repense de temps en temps, et on se dit que quand on commencera une analyse et bah tout ça, ça se verra et on comprendra mieux, enfin, peut-être…
Mais ça c’est quand on aura 40 ans, des enfants, un mari (encore là, on espère) et qu’on pètera les plombs comme elle mais qu’on osera pas la suivre, ou qu’on aura fait comme elle et que ça aura foiré, comme elle… enfin…
mardi 1 avril 2008
Le vent nous portera...
Aujourd’hui, épopée mythique pour une conférence sur les "Accords d'Agadir" et le futur "first agadir agreement member states investment forum" à Bruxelles... première coopération sud-sud en Méditerranée entre la Jordanie, le Maroc, l’Egypte et la Tunisie, sur le papier !
Donc, la Jordanie (qui s'en fout tellement que son ministre n'a pas pu venir, za3ma il prépare le sommet de Damas, qui peut croire ça ?! surtout pour un ministre du… commerce !), l'Egypte (dont l'ambassadeur a fait acte de présence, sans décrocher un mot), la Tunisie (qui préside!!!) et le Maroc (tu noteras qu'on a consciencieusement dégagé les agités du bocal (plein de pétrole) d'Algériens et de Libyens...
Et l'UE qui chapeaute tout ça! Qui trône sur du vent, du rien... un truc signé en 2001 qui entre en application en 2006 et entre en effet en 2007 et dont on peut pas tirer les conclusions en 2008... pourquoi une conférence, donc? brefffffffffff... l'ambassadeur paternaliste, le jordanien qui s'en fout, le tunisien qui "préside", tout y était quoi... ça me rapellait le doux temps où je couvrais l'UMA!!! tout dans la nuance, la caricature, jamais!
Des discussions, des discours et… les chiffres ? « n’allons pas trop vite en besogne… nous les réunissons… » des décisions pol… « ATTENTION ! c’est é-co-no-mi-que… on l’a dit pourtant… » et l’UMA, EUROMED, tout ça… ça fait pas double usage ? « bah, nan, ici, y’a pas les Algériens » (tiens, je sais plus quel pays a dit ça…) et quid de la libre circulation des personnes ? « ma philosophie, c’est de voir le verre à moitié plein » (oui ?) (et…) (…) (ah, nan, c’est la fin de la réponse, pardon) des objectifs et des dates ? « oui… dans l’avenir… » (qu’on construit ensemble, peuples des deux rives de la Méditerranée, acchou3oub min defeyn al bahar al abbyad al moutawassit ma3 ba3diyatha … mousta9balna … jamil jiddan… construire des bases culturelles… travailler et produire ensemble… porteur d’espoir…)
Mais pourquoi je baille comme ça, moi, la honte !!! y’a même la télé pour cet événement mémorable !
Donc, la Jordanie (qui s'en fout tellement que son ministre n'a pas pu venir, za3ma il prépare le sommet de Damas, qui peut croire ça ?! surtout pour un ministre du… commerce !), l'Egypte (dont l'ambassadeur a fait acte de présence, sans décrocher un mot), la Tunisie (qui préside!!!) et le Maroc (tu noteras qu'on a consciencieusement dégagé les agités du bocal (plein de pétrole) d'Algériens et de Libyens...
Et l'UE qui chapeaute tout ça! Qui trône sur du vent, du rien... un truc signé en 2001 qui entre en application en 2006 et entre en effet en 2007 et dont on peut pas tirer les conclusions en 2008... pourquoi une conférence, donc? brefffffffffff... l'ambassadeur paternaliste, le jordanien qui s'en fout, le tunisien qui "préside", tout y était quoi... ça me rapellait le doux temps où je couvrais l'UMA!!! tout dans la nuance, la caricature, jamais!
Des discussions, des discours et… les chiffres ? « n’allons pas trop vite en besogne… nous les réunissons… » des décisions pol… « ATTENTION ! c’est é-co-no-mi-que… on l’a dit pourtant… » et l’UMA, EUROMED, tout ça… ça fait pas double usage ? « bah, nan, ici, y’a pas les Algériens » (tiens, je sais plus quel pays a dit ça…) et quid de la libre circulation des personnes ? « ma philosophie, c’est de voir le verre à moitié plein » (oui ?) (et…) (…) (ah, nan, c’est la fin de la réponse, pardon) des objectifs et des dates ? « oui… dans l’avenir… » (qu’on construit ensemble, peuples des deux rives de la Méditerranée, acchou3oub min defeyn al bahar al abbyad al moutawassit ma3 ba3diyatha … mousta9balna … jamil jiddan… construire des bases culturelles… travailler et produire ensemble… porteur d’espoir…)
Mais pourquoi je baille comme ça, moi, la honte !!! y’a même la télé pour cet événement mémorable !
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