retour de prison... matinée étrange... je me fais ma petite masturbation intellectuelle, là, avec mes histoires de morts palestiniens, je prends l'avion, je pars pour voir la guerre en vrai... et ce matin, je prends le train de banlieue, j'arrive devant une prison de la région parisienne... pour tomber sur les pompiers avec tout leur attirail... alors, bien sûr, les surveillants font semblant de rien savoir... mais rien que leurs sourires tu voudrais les décrocher... tu peux pas rigoler, voilà... tu peux lire tous les articles que tu veux, bouquiner, manifester, conchier Rachida Dati... un jour, tu vois en vrai des types venus réanimer un détenu... et à ce moment, je vois le directeur de la prison débarquer... pour courir dans son bureau, discret!
et quand le détenu à qui je donne un cours arrive, il me dit, oui, c'est sûrement un mec qui a voulu se suicider... oui, parce que la prison, c'est pas cool, en fait... donc voilà, j'étais à l'intérieur et j'ai pas vu les pompiers partir... et au mieux demain je saurai par un entrefilet évasif qu'il est mort... ou bien je saurai jamais rien et le type aura des séquelles à vie ou bien juste un gros choc psychologique comme un boulet derrière lui...
putain, ça fait bizarre!
sinon, je recommande à tous Welcome... un magnifique film pas du tout larmoyant sur les clandestins... ceux que Besson appelle les envahisseurs...
mercredi 18 mars 2009
mardi 17 mars 2009
La troisième Intifada sera musicale, ou ne sera pas...
Lancer des pierres ? Ils l’ont déjà fait une fois, comme tous les petits nés depuis la première Intifada. Mais aujourd’hui, du haut de leurs dix-sept ans, ils ont trouvé une meilleure arme. Plus percutante. « Une pierre, ça laisse une égratignure, ça fait du mal sans faire avancer les choses. Avec une chanson de rap, tu touches les esprits, tu fais réfléchir plus de monde. Ça, c’est utile », explique Anan Odeh, leader des « Tornado Lights ».
Avec son cousin Majed, il scande ses couplets, qu’il écrit en arabe. Depuis peu, il s’essaye à l’anglais. Pour toucher plus de monde. Avec la guerre à Gaza, il espère ratisser large : de Bethléem, où il a grandi, à Hébron, où il enregistre ses premiers titres, et bien au-delà, Inch’Allah. En studio, il est entouré d’une joyeuse bande, les conseils fusent, les blagues aussi. Les rires se mêlent aux slogans, aux réflexions sur la question palestinienne, sur le rap ou sur les subtilités du logiciel de montage audio. Puis vient la chanson phare, dédiée à Gaza. Tout le monde se concentre. Anan et Majed leur demandent à tous d’enregistrer une phrase de soutien aux Gazaouis dans les langues qu’ils connaissent. Pour Fawwaz, qui a vécu à Barcelone, se sera espagnol. Et catalan, il y tient : « les Palestiniens connaissent bien les Catalans, ils nous soutiennent parce qu’eux aussi savent ce que c’est de lutter pour l’indépendance », assure le jeune homme, rentré travailler pour le comité international de la Croix Rouge (CICR) à Hébron. Haneen, chrétienne qui a fréquenté le lycée des Sœurs, annone un timide « Friede in Gaza ». Je suis moi-même mise à contribution. Ce sera français et marocain. Wajdi Shahen, de Jénine, assure, lui, les refrains. Avant de prendre le micro, il angoisse un peu. Le trac. Il triture son bracelet en bois peint : des icônes de la Vierge. Comme tous ceux de la région de Jénine, Wajdi prononce « gu » le son guttural « q ». Anan insiste, surtout, qu’il garde son accent quand il chante, il faut s’adresser à tous Palestiniens, quelles que soient leurs régions d’origine. Pas de mots vulgaires non plus, toutes les générations doivent pouvoir écouter et entonner à leur tour les paroles.
Chez « Tornado Lights », pas de rap bling-bling, pas d’histoires de filles ou de drogue. Anan et Majed préfèrent le rap « watani » (national, en arabe). En vogue depuis quelques années du Maroc au Liban, il prend toute sa dimension en Palestine. Dans le premier CD des « Tornado Lights », qui en ont accéléré l’enregistrement pour le sortir en soutien aux Gazaouis, il est question, entre autres, de la guerre à Gaza, des check-points et du Mur. Le refrain est entêtant, à l’image des désagrément de la « barrière de sécurité » construite par Israël : « Parti vers le sud, j’ai trouvé le mur/ parti vers le nord, j’ai trouvé le mur/ parti à l’est, j’ai trouvé le mur/ parti à l’ouest, j’ai trouvé le mur ». Une situation qu’Anan vit tous les jours. Il a grandi à Dheisheh - un des quatre camps de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA, à Béthléem – entièrement encerclé par le mur et quadrillé par les miradors. Un camp vieux de soixante ans où toutes les habitations sont désormais en dur. Un camp avec ses routes, ses échoppes, ses écoles, ses bureaux politiques et ses martyrs, dont les portraits s’étalent à tous les coins de rue : déclinés en photo, affichettes, peintures réalistes, au travers de dédicaces ou tracts politiques, ornés des emblèmes du Fath, du Hamas ou du Front Populaire (FPLP). Certains « shahid » (martyr, en arabe) posent les armes à la main, pour d’autres les photos sont tirées d’album de famille. Ou de photo de classe, pour les plus jeunes.
Dans le studio aujourd’hui aussi la mort n’est pas loin. On avait presque oublié la guerre et ses horreurs. Et voilà que le responsable vient demander aux chanteurs en herbe de baisser d’un ton. Ce ne sont pas les mesures de rap ou le « flow » des « Tornado Lights » qui sont en cause. Juste le volume sonore des rires, de la musique. Dans le bureau attenant, le directeur. Il a perdu son neveu deux jours avant. A quinze ans, il a eu le malheur de sortir de la mosquée après « joumouaa », la prière collective du vendredi midi, moment auquel se retrouvent habituellement les manifestants contre la guerre à Gaza. Lui ne participait pas à la marche, mais il était là. L’armée israélienne aussi. Et les colons. Ceux d’Hébron sont loin de vivre en bon voisinage avec les Palestiniens. Le coup est parti, Mousaâb Badawan est mort, raflé par une balle. Ironie du sort, ce soir, les musiques se mêlent. Rap « watani » et chants politiques pro-Hamas comme pro-Fatah se mélangent dans la grande rue d’Hébron. A deux maisons du studio, celui que tout le monde appelle « shahid », trop jeune encore pour être dans un parti, rassemble post-mortem sous le toit familial les proches, les amis et les officiels des deux partis, venus des quatre coins de la Cisjordanie présenter leurs condoléances. Le groupe, sorti du studio pour prendre l’air, est d’abord intrigué. Dans la rue, on se lance des bonbons, des échos de musique traditionnelle résonnent. On pourrait croire à un mariage. Si ce n’étaient les tracts distribués par des hommes aux visages contrits. Sur ceux du Fatah, le leader historique des Palestiniens, Yasser Arafat, tourne son regard vers le portrait du jeune mort. Ceux du Hamas ont préféré apposer sous le portrait du martyr le sceau du parti de la résistance, deux sabres croisés devant le dôme doré de la mosquée Al Aqsa, un des lieux saints de l’Islam à Jérusalem.
A la fin de la journée, le studio se vide. Ceux qui habitent Hébron se rendent aux obsèques, vont saluer les parents du défunt. Les autres se dirigent vers l’arrêt des « services », ces minibus qui desservent les différentes villes de Cisjordanie. Notre chauffeur démarre et insère un disque dans l’autoradio. « Hamsaoui, ya Hamsaoui », les premières paroles à peine entamées, nous savons de quel bord est le conducteur. Sympathisant du Hamas. Anan entame la conversation, sur un ton badin. « Si j’étais chrétien, pourrais-je me marier avec ta fille ? », lance-t-il au chauffeur. Embarrassé, celui-ci répond que « ça ne se fait pas chez eux… ». Puis la conversation s’arrête. Il fait nuit et les check-points se multiplient. Il faut vérifier qu’on a bien ses papiers d’identité, les sortir, les présenter. Le chauffeur s’étonne des différentes nationalités qu’ils transportent dans son véhicule. Nous parlons des Maghrébins, de solidarité arabe. Et de mariage. Y aurait-il une Marocaine qui voudrait l’épouser ? Nous l’interrogeons : « vous nous aviez dit que vous aviez des enfants et une femme déjà ? ». « Elle n’est pas contre l’idée d’avoir une coépouse… »,assure-t-il. En Cisjordanie, on fait des projets. La vie continue.
Avec son cousin Majed, il scande ses couplets, qu’il écrit en arabe. Depuis peu, il s’essaye à l’anglais. Pour toucher plus de monde. Avec la guerre à Gaza, il espère ratisser large : de Bethléem, où il a grandi, à Hébron, où il enregistre ses premiers titres, et bien au-delà, Inch’Allah. En studio, il est entouré d’une joyeuse bande, les conseils fusent, les blagues aussi. Les rires se mêlent aux slogans, aux réflexions sur la question palestinienne, sur le rap ou sur les subtilités du logiciel de montage audio. Puis vient la chanson phare, dédiée à Gaza. Tout le monde se concentre. Anan et Majed leur demandent à tous d’enregistrer une phrase de soutien aux Gazaouis dans les langues qu’ils connaissent. Pour Fawwaz, qui a vécu à Barcelone, se sera espagnol. Et catalan, il y tient : « les Palestiniens connaissent bien les Catalans, ils nous soutiennent parce qu’eux aussi savent ce que c’est de lutter pour l’indépendance », assure le jeune homme, rentré travailler pour le comité international de la Croix Rouge (CICR) à Hébron. Haneen, chrétienne qui a fréquenté le lycée des Sœurs, annone un timide « Friede in Gaza ». Je suis moi-même mise à contribution. Ce sera français et marocain. Wajdi Shahen, de Jénine, assure, lui, les refrains. Avant de prendre le micro, il angoisse un peu. Le trac. Il triture son bracelet en bois peint : des icônes de la Vierge. Comme tous ceux de la région de Jénine, Wajdi prononce « gu » le son guttural « q ». Anan insiste, surtout, qu’il garde son accent quand il chante, il faut s’adresser à tous Palestiniens, quelles que soient leurs régions d’origine. Pas de mots vulgaires non plus, toutes les générations doivent pouvoir écouter et entonner à leur tour les paroles.
Chez « Tornado Lights », pas de rap bling-bling, pas d’histoires de filles ou de drogue. Anan et Majed préfèrent le rap « watani » (national, en arabe). En vogue depuis quelques années du Maroc au Liban, il prend toute sa dimension en Palestine. Dans le premier CD des « Tornado Lights », qui en ont accéléré l’enregistrement pour le sortir en soutien aux Gazaouis, il est question, entre autres, de la guerre à Gaza, des check-points et du Mur. Le refrain est entêtant, à l’image des désagrément de la « barrière de sécurité » construite par Israël : « Parti vers le sud, j’ai trouvé le mur/ parti vers le nord, j’ai trouvé le mur/ parti à l’est, j’ai trouvé le mur/ parti à l’ouest, j’ai trouvé le mur ». Une situation qu’Anan vit tous les jours. Il a grandi à Dheisheh - un des quatre camps de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA, à Béthléem – entièrement encerclé par le mur et quadrillé par les miradors. Un camp vieux de soixante ans où toutes les habitations sont désormais en dur. Un camp avec ses routes, ses échoppes, ses écoles, ses bureaux politiques et ses martyrs, dont les portraits s’étalent à tous les coins de rue : déclinés en photo, affichettes, peintures réalistes, au travers de dédicaces ou tracts politiques, ornés des emblèmes du Fath, du Hamas ou du Front Populaire (FPLP). Certains « shahid » (martyr, en arabe) posent les armes à la main, pour d’autres les photos sont tirées d’album de famille. Ou de photo de classe, pour les plus jeunes.
Dans le studio aujourd’hui aussi la mort n’est pas loin. On avait presque oublié la guerre et ses horreurs. Et voilà que le responsable vient demander aux chanteurs en herbe de baisser d’un ton. Ce ne sont pas les mesures de rap ou le « flow » des « Tornado Lights » qui sont en cause. Juste le volume sonore des rires, de la musique. Dans le bureau attenant, le directeur. Il a perdu son neveu deux jours avant. A quinze ans, il a eu le malheur de sortir de la mosquée après « joumouaa », la prière collective du vendredi midi, moment auquel se retrouvent habituellement les manifestants contre la guerre à Gaza. Lui ne participait pas à la marche, mais il était là. L’armée israélienne aussi. Et les colons. Ceux d’Hébron sont loin de vivre en bon voisinage avec les Palestiniens. Le coup est parti, Mousaâb Badawan est mort, raflé par une balle. Ironie du sort, ce soir, les musiques se mêlent. Rap « watani » et chants politiques pro-Hamas comme pro-Fatah se mélangent dans la grande rue d’Hébron. A deux maisons du studio, celui que tout le monde appelle « shahid », trop jeune encore pour être dans un parti, rassemble post-mortem sous le toit familial les proches, les amis et les officiels des deux partis, venus des quatre coins de la Cisjordanie présenter leurs condoléances. Le groupe, sorti du studio pour prendre l’air, est d’abord intrigué. Dans la rue, on se lance des bonbons, des échos de musique traditionnelle résonnent. On pourrait croire à un mariage. Si ce n’étaient les tracts distribués par des hommes aux visages contrits. Sur ceux du Fatah, le leader historique des Palestiniens, Yasser Arafat, tourne son regard vers le portrait du jeune mort. Ceux du Hamas ont préféré apposer sous le portrait du martyr le sceau du parti de la résistance, deux sabres croisés devant le dôme doré de la mosquée Al Aqsa, un des lieux saints de l’Islam à Jérusalem.
A la fin de la journée, le studio se vide. Ceux qui habitent Hébron se rendent aux obsèques, vont saluer les parents du défunt. Les autres se dirigent vers l’arrêt des « services », ces minibus qui desservent les différentes villes de Cisjordanie. Notre chauffeur démarre et insère un disque dans l’autoradio. « Hamsaoui, ya Hamsaoui », les premières paroles à peine entamées, nous savons de quel bord est le conducteur. Sympathisant du Hamas. Anan entame la conversation, sur un ton badin. « Si j’étais chrétien, pourrais-je me marier avec ta fille ? », lance-t-il au chauffeur. Embarrassé, celui-ci répond que « ça ne se fait pas chez eux… ». Puis la conversation s’arrête. Il fait nuit et les check-points se multiplient. Il faut vérifier qu’on a bien ses papiers d’identité, les sortir, les présenter. Le chauffeur s’étonne des différentes nationalités qu’ils transportent dans son véhicule. Nous parlons des Maghrébins, de solidarité arabe. Et de mariage. Y aurait-il une Marocaine qui voudrait l’épouser ? Nous l’interrogeons : « vous nous aviez dit que vous aviez des enfants et une femme déjà ? ». « Elle n’est pas contre l’idée d’avoir une coépouse… »,assure-t-il. En Cisjordanie, on fait des projets. La vie continue.
mardi 27 janvier 2009
Nouvelles d'ici et d'ailleurs...
Je suis désolée...
je sais, shame on me, des mois (eh oui!) que je n'écris plus beaucoup... et pourtant, ce n'est pas faute de voir encore toutes ces choses qui me révoltent, me font rire, pleurer ou tout simplement m'étonnent encore...
Je ne vous ai pas donné de nouvelles depuis un petit moment... et en fait, ça a été plutôt mouvementé depuis quelques temps...
C'est comme ça, qu'après avoir écumé toutes les manifs à paris, participé à des débats, vécu sous perfusion des média pendant un moment... j'ai décidé de m'envoler avec une copine et une caméra vers... Amman!
Non... pas que pour le kiff du mansaf de mat3am al 9uds ni même pour le 7alloum cheese ou la gentillesse du bédouin à l'insolation hallucinogène... pas non plus pour retrouver ce pays qui étrangement me manque tant, ces gens qui étaient mon quotidien et dont j'ai presque oublié les noms, même si leurs paroles et les histoires qu'on a vécu ensemble résonnent encore chaque jour dans ma tête et dans ma vie...
non, non, c'est pour passer en Palestine que j'ai repris la route de la Jordanie!
Devant la fadeur des reportages et la connerie - disons le! - des média français sur Gaza, nous avons décidées de voir par nous-mêmes... nNus nous sommes pas mal déplacées, de Betlehem à Ramallah, en passant par Jérusalem et Hébron, au gré des manifestations et des événements. Nous devions aller à Hébron le matin même où les colons ont tué un jeune à la sortie de la mosquée, nous nous sommes donc rabattues sur les manifestations à Ramallah et al 3in. Finalement nous sommes allées plus tard à Hébron, et nous avons même ramené un petit reportage un peu décalé sur un groupe de jeunes rappeurs qui sortent un album pour Gaza... à Betlehem, nous avons fait un tour dans les camps, ou nous sommes tombées sur une militante de la jabha cha3biya dont le mari a été prisonnier... je n'oublierai pas non plus ce vieux de 3a2ida qui nous racontait les anglais, déjà...
à Hébron, bien sur, encore ces images de colons qui nous insultent, les chants "hamsaoui, hamsaoui..." de la veillée mortuaire du jeune martyr... le soldat sur le toit de cette famille, dont il a déjà tué trois enfants!!!
et les manifs à ramallah, avec tous ces gens habillés en déportés, des bougies à la main...
Un voyage très intéressant que, j'espère, nous pourrons diffuser...
à bientôt, j'espère... à très vite!!!!!!! promis, je vous livre très vite les détails
vendredi 28 novembre 2008
Le spleen de Paris...
Je n’arrive pas à écrire, je ne sais déjà plus quoi dire… tristesse des mots, fadeur du discours, vacuité totale de l’esprit… fatiguée, lassée, désorientée… le spleen de Paris ? je ne sais pas, ou plus…
Il m’arrive toujours autant de choses, je me prends toujours autant de trucs dans la gueule, comme ça, violemment. Je réagis toujours autant, je ris fort, je pleure un peu, je suis violemment dégoûtée, je m’insurge beaucoup, j’agis un peu, mais je n’arrive plus à le formuler…
Je passe mes journées à argumenter, à m’opposer, à essayer de me distinguer, à essayer de faire entendre ma voix, à refuser le formatage, les idées qu’on m’impose, à tenter de me forger des opinions… Je pérore pas mal, je m’enflamme, défend des théories que nous ne sommes plus beaucoup à défendre, je prends faits et causes pour ceci ou cela et puis là… je suis vidée, fatiguée, éreintée…
Peut-être ce film hier soir à l’IMA sur Driss Chraïbi, qui remue toujours tellement de choses en moi...
peut-être la lecture fiévreuse de Moha le fou Moha le sage (merci Mohammed ! merci !!!) qui depuis hier me hante…
peut être ce type qui s’est écroulé sous nos yeux dans le métro et que tout le monde préférait enjamber au lieu de l’aider à se relever…
peut-être l’homme pressé du même wagon qui proposait de « le foutre dehors à coups de pied dans le cul »… ou celui qui est subrepticement passé devant cet aveugle qui laisser filer sa troisième rame de métro…
peut-être Saïd, 30 ans, chef d’entreprise, qui me raconte l’accueil des banquiers pour monter sa boîte, avec pour seule question à la bouche : « comment avez-vous réussi à vous procurer tous ces faux documents ? »…
peut-être l’impression de se sentir un peu seule, au retour de cette manif’ où nous étions deux cents à manifester contre la réouverture du centre de rétention administrative, entourés par autant de flics…
Le spleen de Paris, sûrement…
vendredi 7 novembre 2008
Choses vues, lues, entendues et vécues...
A écouter en même temps... (p'tits chanceux, j'vous mets la vidéo... juste le temps que j'aprenne à faire des liens sons...)
- Une Equatorienne dénoncée par la mairie de Tibery… alors qu’elle avait inscrit son fils à l’école… (tu sais l’école de la République… pour être un bon citoyen de la France d’Hortefeux…)
- Un jeune qui prend 18 mois ferme pour avoir taggé « Allah al Watan al Barsa » sur les murs de son école…
- Ce chef d’entreprise banlieusard qui me raconte les rires condescendants et les portes claquées par les banquiers à qui il demandait des fonds pour son business…
- Un sommet sur « l’intégration » à Vichy… et apparemment, je suis pas la seule que ça énerve…
- Le temps aussi s’y est mis : trouvé dans le Journal du Dimanche : le "mur" de Melilla emporté par l'orage sur une trentaine de mètres…
- Le premier Président noir des Etats-Unis fêté à Paris par une foule désespérément blanche… une soirée mémorable où tout le monde s’est bien marré… surtout quand je demandais aux gens si ils pensaient qu’on verrait un jour un Arabe ou un Noir à l’Elysée…
- Berlusconi qui se félicite de l’élection du playboy Obama, « jeune, beau et bronzé » !
- Rachid Ninni débouté… y’aurait-il une Justice chez nous ? et dire, qu’on en doutait…
- Cet avocat qui m’explique que Rachida Dati a un côté « vraiment con » et parle mieux de Chanel ou de Dior que de justice… avant de me fixer parmi la foule, ajoutant « au fait… si jamais il y avait ici la cousine de Rachida Dati…. Il faut pas répéter, hein ? »… personne lui a dit que les Arabes étaient pas tous des frères ?
- Hier matin, 8 heures, ma station de métro défigurée par des affichettes de l’UNI (« Etudiant de droite, rejoins nous ! »), sous un drapeau bleu-blanc-rouge qui flotte, avec la phrase « Français et fier de l’être !)…
- … et le soir, ma station comme avant, juste avec des petits bouts d’affiches qui pendouillent lamentablement…
- Une Equatorienne dénoncée par la mairie de Tibery… alors qu’elle avait inscrit son fils à l’école… (tu sais l’école de la République… pour être un bon citoyen de la France d’Hortefeux…)
- Un jeune qui prend 18 mois ferme pour avoir taggé « Allah al Watan al Barsa » sur les murs de son école…
- Ce chef d’entreprise banlieusard qui me raconte les rires condescendants et les portes claquées par les banquiers à qui il demandait des fonds pour son business…
- Un sommet sur « l’intégration » à Vichy… et apparemment, je suis pas la seule que ça énerve…
- Le temps aussi s’y est mis : trouvé dans le Journal du Dimanche : le "mur" de Melilla emporté par l'orage sur une trentaine de mètres…
- Le premier Président noir des Etats-Unis fêté à Paris par une foule désespérément blanche… une soirée mémorable où tout le monde s’est bien marré… surtout quand je demandais aux gens si ils pensaient qu’on verrait un jour un Arabe ou un Noir à l’Elysée…
- Berlusconi qui se félicite de l’élection du playboy Obama, « jeune, beau et bronzé » !
- Rachid Ninni débouté… y’aurait-il une Justice chez nous ? et dire, qu’on en doutait…
- Cet avocat qui m’explique que Rachida Dati a un côté « vraiment con » et parle mieux de Chanel ou de Dior que de justice… avant de me fixer parmi la foule, ajoutant « au fait… si jamais il y avait ici la cousine de Rachida Dati…. Il faut pas répéter, hein ? »… personne lui a dit que les Arabes étaient pas tous des frères ?
- Hier matin, 8 heures, ma station de métro défigurée par des affichettes de l’UNI (« Etudiant de droite, rejoins nous ! »), sous un drapeau bleu-blanc-rouge qui flotte, avec la phrase « Français et fier de l’être !)…
- … et le soir, ma station comme avant, juste avec des petits bouts d’affiches qui pendouillent lamentablement…
lundi 20 octobre 2008
Anta fi firanssa la tastaghreb !
Back to roots… me voilà de retour d’un reportage bien rigolo… des princes saoudiens, des petits Européens qui forent chez eux, des spéculateurs qui prient pour que le cours du brut remonte, des petits Français qui ont bien compris où se trouvent le clash, des petites nénettes qui l’ont tout aussi bien saisi et jouent de leurs atouts auprès des vieux capitalistes en mal d’amour…
Contente d’avoir entendu un prince remettre à leur place les petits démocrates de nos grands pays capitalistes qui voient leur entrée dans les capitaux comme une action « hostile »… le p’tit prince a dit… « ah bon, il va gaspiller tout l’argent qu’j’lui avait prêté… demain j’reviens avec des mecs du 9.5, des mecs du 94 et des mecs du 9.3 »… 9.3 ! tiens, parlons-en… j’ai quitté la France trois jours, je rentre pour apprendre qu’on y découvre les violences policières après une vidéo à Montfermeil… Saba7 al kheir… mieux vaut tard que jamais… no comment…
90ème suicide en prison depuis le début de l’année, mais on préfère faire les unes sur les sifflets pour France-Tunisie… et puis, tiens, tant qu’à faire on va interdire les matchs avec les pays du Maghreb… à quand l’entrée des stades au faciès… on pourrait aussi nous noter : 10/10 parfaitement intégré… jusqu’à 0/10 bon à expulser…
Pas vraiment optimiste, la Sarah Ben, ce soir ! peut-être parce qu’en ce beau mois d’octobre, le 17 est encore passé à la trappe ! aucune commémoration, toujours aucune excuse… parce que Mehdi Ben Barka a disparu cette semaine et que personne n’en parle…
Back to roots, je vous dit…
Contente d’avoir entendu un prince remettre à leur place les petits démocrates de nos grands pays capitalistes qui voient leur entrée dans les capitaux comme une action « hostile »… le p’tit prince a dit… « ah bon, il va gaspiller tout l’argent qu’j’lui avait prêté… demain j’reviens avec des mecs du 9.5, des mecs du 94 et des mecs du 9.3 »… 9.3 ! tiens, parlons-en… j’ai quitté la France trois jours, je rentre pour apprendre qu’on y découvre les violences policières après une vidéo à Montfermeil… Saba7 al kheir… mieux vaut tard que jamais… no comment…
90ème suicide en prison depuis le début de l’année, mais on préfère faire les unes sur les sifflets pour France-Tunisie… et puis, tiens, tant qu’à faire on va interdire les matchs avec les pays du Maghreb… à quand l’entrée des stades au faciès… on pourrait aussi nous noter : 10/10 parfaitement intégré… jusqu’à 0/10 bon à expulser…
Pas vraiment optimiste, la Sarah Ben, ce soir ! peut-être parce qu’en ce beau mois d’octobre, le 17 est encore passé à la trappe ! aucune commémoration, toujours aucune excuse… parce que Mehdi Ben Barka a disparu cette semaine et que personne n’en parle…
Back to roots, je vous dit…
lundi 6 octobre 2008
Back...
Voilà… me revoilà en France… difficile retour, pas mal de choses, de gens, d’histoires laissées là-bas, un peu partout… encore plein de choses à voir, d’aventures à vivre ici et là… des amitiés, des amoures, des liens à entretenir… le retour est difficile, des bouts de moi, de ma vie, me manquent… d’autres se créent ici… l’ordre me dérange, le silence me tue, le Français me fatigue, une seule langue, des sujets de discussion tellement uniformes, la pensée unique me rend malade, le conformisme et le consensus me fatiguent… nous sommes bien peu militants, bien peu concernés, bien peu réveillés, je trouve…
Je rentre et on tire sur les Arabes, les insultes refleurissent, je suis une « conne » et chaque cinéma, chaque kiosque, me le rappelle, une « intégriste », une « soumise », une « terroriste »… la lutte recommence, je dois de nouveau me justifier, montrer patte blanche, je dois m’expliquer, prouver que je ne suis pas « comme eux », que je ne soutient pas ceci ou cela, que je ne cautionne pas, que je ne suis pas embrigadée…
Je suis déjà fatiguée, je croyais avoir dépassé ça… et puis, je reviens et rien n’a changé… je suis encore une « beurette », l’Arabe de service… je devrais pouvoir raconter la ZEP, la banlieue, l’Islam…
Je ne suis pas ça, je ne suis pas QUE ça, je ne veux pas être ça, je veux parler d’autres choses, pouvoir parler de tout, sans qu’on analyse mes positions, mes paroles, mes idées à l’aune de ce que je devrais être, de ce qu’on croit que je suis, de ce que je devrais représenter, de ce qu’on attend de moi…
Je veux pouvoir être d’un bord politique, d’une confession, d’un avis qui est le mien, avant d’être celui de ma communauté supposée… communauté que, par ailleurs et cela m’est aussi étrange qu’aux autres, j’ai bonheur à côtoyer… communauté dans laquelle je me reconnais en partie, comme je me reconnais dans des groupes politiques, une génération, une ville, un pays… j’aimerai juste qu’on me laisse de réclamer de plusieurs identités, de plusieurs courants, de plusieurs personnes… sans présupposés !
Je rentre et je dois retrouver des réflexes qui me pesaient et dont je voulais me délester… je rentre et je dois encore m’expliquer…
Je rentre et on tire sur les Arabes…
Je rentre et on tire sur les Arabes, les insultes refleurissent, je suis une « conne » et chaque cinéma, chaque kiosque, me le rappelle, une « intégriste », une « soumise », une « terroriste »… la lutte recommence, je dois de nouveau me justifier, montrer patte blanche, je dois m’expliquer, prouver que je ne suis pas « comme eux », que je ne soutient pas ceci ou cela, que je ne cautionne pas, que je ne suis pas embrigadée…
Je suis déjà fatiguée, je croyais avoir dépassé ça… et puis, je reviens et rien n’a changé… je suis encore une « beurette », l’Arabe de service… je devrais pouvoir raconter la ZEP, la banlieue, l’Islam…
Je ne suis pas ça, je ne suis pas QUE ça, je ne veux pas être ça, je veux parler d’autres choses, pouvoir parler de tout, sans qu’on analyse mes positions, mes paroles, mes idées à l’aune de ce que je devrais être, de ce qu’on croit que je suis, de ce que je devrais représenter, de ce qu’on attend de moi…
Je veux pouvoir être d’un bord politique, d’une confession, d’un avis qui est le mien, avant d’être celui de ma communauté supposée… communauté que, par ailleurs et cela m’est aussi étrange qu’aux autres, j’ai bonheur à côtoyer… communauté dans laquelle je me reconnais en partie, comme je me reconnais dans des groupes politiques, une génération, une ville, un pays… j’aimerai juste qu’on me laisse de réclamer de plusieurs identités, de plusieurs courants, de plusieurs personnes… sans présupposés !
Je rentre et je dois retrouver des réflexes qui me pesaient et dont je voulais me délester… je rentre et je dois encore m’expliquer…
Je rentre et on tire sur les Arabes…
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